Dans un pays où le revenu disponible par habitant dépasse les 3.200 par mois, il ne fait pas toujours bon être artiste indépendant. L’absence de grille tarifaire, les possibilités réduites de négociations et la diversité des métiers poussent les tarifs à la baisse. Alors que le programme gouvernemental promet de se pencher sur la question, nous sommes allés prendre le pouls des professionnels. 

Peggy Wurth, la présidente de l’association luxembourgeoise des professionnels du spectacle vivant (Aspro), n’est pas près d’oublier ce 30 juin 2018. Les deuxièmes Assises de la Culture sont sur le point de s’achever. Le Premier ministre et ministre de la Culture de l’époque, Xavier Bettel, affiche les yeux cernés des lendemains de Sommet européen et répond à la jeune actrice Larisa Faber, étoile montante de la scène théâtrale luxembourgeoise. Celle-ci dénonce des conditions de travail indignes au Luxembourg pour les artistes. Indigne? Il rappelle que lui aussi, comme jeune avocat, ne gagnait pas grand-chose. Si on s’accroche et qu’on a du talent, on peut s’en sortir! Voilà de quoi faire sortir Peggy Wurth de ses gonds: «C’est inadmissible. On fait croire aux jeunes artistes que leur situation va s’améliorer mais c’est faux! Il n’y a aucune perspective d’évolution dans les rémunérations. Il faut donc enchaîner les projets jusqu’à l’épuisement pour avoir une chance de s’en sortir».

Après trois burnout, cette costumière – qui a plus de vingt ans d’expérience derrière elle – a décidé de prendre les choses en main. En 2017, elle a participé à la création de l’Aspro, association qui représente principalement les professionnels du théâtre et de la danse. «Je sais que cela m’expose mais de toute façon, je n’ai plus rien à perdre. Je suis déjà blacklistée dans certaines institutions culturelles qui ne veulent plus travailler avec moi», dit-elle.

Rares sont les personnes qui osent, comme Peggy Wurth, évoquer ouvertement leur situation financière. Lors de notre enquête, beaucoup se sont confiés sous le couvert de l’anonymat. D’autres ont demandé à relire les passages où ils étaient cités. «C’est sensible», observait l’un d’eux d’un air dépité en écrasant son mégot de cigarette. Exiger d’être mieux payé peut indisposer certains producteurs dont les budgets sont limités. Dire qu’on ne gagne pas assez peut laisser penser qu’on n’est pas assez talentueux pour décrocher des contrats, comme le montre la réflexion du Premier ministre.

Au-delà de la zone de confort

La question fait aussi débat entre les artistes. D’un côté, de nombreux jeunes sont prêts à accepter des contrats sous-payés pour faire leurs preuves, quitte à continuer à vivre comme des étudiants en squattant chez leurs parents ou en ayant une chambre en colocation. De l’autre, il y a les artistes plus âgés qui ont des enfants à nourrir et un toit à payer . «Ce qui intéresse les jeunes musiciens, c’est de se produire sur scène. La question de la reconnaissance de leurs droits d’auteur ne les intéresse pas», regrette Roby Steinmetzer, le président de la Flac (Fédération luxembourgeois des auteurs compositeurs), qui milite pour que soit adoptée la directive européenne sur le copyright. «Malgré quelques heures de cours à droite et à gauche, de nombreux musiciens n’ont pas le salaire minimum. Cela posera aussi des problèmes à leur retraite», dit-il.

Au Luxembourg, je touche 600 euros brut par semaine. En Suisse, c’est le double».Simone Mousset, chorégraphe

La chorégraphe Simone Mousset, lauréate du Lëtzebuerger Danzpräis 2017 et mère de deux enfants de trois ans et un an, s’interroge sur le pays où elle va poser ses valises. Jusqu’à présent, elle a stocké ses affaires dans le grenier de sa grand-mère au Luxembourg. Vivre «comme une tzigane», avec mari et enfants …