Le promoteur Christophe Chevallier a été condamné à 30 mois de prison avec sursis pour abus de confiance. La peine vise ses agissements avant la création de Cenaro, au cœur d’une enquête judiciaire. Les ingrédients de la fraude dans les deux dossiers semblent similaires.

Avant de devenir un promoteur hyperactif, Christophe Chevallier a vendu des chalets de luxe sur des terrains de camping à l’abandon. Le secret de ses affaires a été identique à celui qui a causé la chute de son groupe immobilier «Cenaro»: créer des sociétés sous-capitalisées, faire financer les achats de terrain par des investisseurs en leur faisant miroiter des hauts rendements sans les rembourser et laisser les acquéreurs des biens à leur propre sort.

Le Français et un de ses anciens associés ont été condamnés le 19 juin à 30 mois de prison chacun (avec sursis intégral pour Christophe Chevallier et ferme pour le second, Jean-Noël Medus, qui a été jugé par défaut) pour banqueroute frauduleuse, faux, abus de confiance et blanchiment.

Leur procès devant un tribunal correctionnel, fin mai, donne un éclairage sur le parcours de Christophe Chevallier avant qu’il entreprenne ses plans sur le marché résidentiel luxembourgeois. Il rêvait de le révolutionner. Il l’a plutôt mortifié. La dérive de son entreprise Cenaro illustre les dérives de la vente de logements en état futur d’achèvement (VEFA) ainsi que la financiarisation à l’extrême du marché immobilier.

Des enquêtes qui se télescopent

A leur arrivée au Luxembourg en 2017, Christophe Chevallier et Jean-Noël Medus partagent la même maison avec leurs familles et compagnes respectives. Les deux hommes se renvoient aujourd’hui la responsabilité de la débâcle de leurs affaires.

Le casier judiciaire de Christophe Chevallier s’alourdit au Luxembourg et se profile en France, dans l’attente à l’automne prochain d’un grand procès. Il y figurera comme coprévenu, aux côtés de son associé Jean-Noël Medus et de ses fils, pour escroquerie présumée à l’investissement et abus de confiance en bande organisée. Les enquêtes se télescopent entre Luxembourg et Paris à quelques mois d’intervalle.

A Luxembourg, le promoteur a été condamné en novembre 2024 à un an de prison avec sursis et 2.500 euros d’amende pour abus de biens sociaux dans une affaire de montre Rolex, acquise avec l’argent de l’entreprise. Depuis janvier 2023, il est cerné par la justice pour abus de confiance, escroquerie, abus de biens sociaux et blanchiment dans la faillite de Cenaro. Son groupe laisse derrière lui un endettement de plus de 100 millions d’euros, des projets immobiliers en friche et des centaines de familles surendettées dans l’incertitude de pouvoir un jour habiter dans des logements achetés sur plan.

A ce stade des procédures («Cenaro» au Luxembourg et «Un Toit pour Toi» à Paris), la présomption d’innocence s’applique pour Christophe Chevallier et Jean-Noël Medus.

Cottages en kit venus d’Ukraine

«L’affaire Cenaro» est révélée fin 2022 par Reporter.lu. Christophe Chevallier et l’un de ses associés, Arnaud Emmenecker, passent plusieurs mois en détention préventive. L’enquête judiciaire, toujours en cours, montre que les deux hommes ont vécu largement au-dessus de leurs moyens et ont utilisé l’argent de leurs sociétés à des fins étrangères à leur objet social. Leurs cartes de crédit professionnelles ont chauffé pour des emplettes  personnelles ou pour assouvir leurs passions pour les grosses voitures et les objets de luxe. Les intermédiaires utilisés pour récolter des fonds des investisseurs privés en se servant d’importantes commissions sont également dans le viseur des enquêteurs …