Une des dirigeantes de BGL BNP Paribas, responsable du financement des entreprises et des ONG, a quitté précipitamment son poste. Ce départ intervient alors que la CSSF s’apprête à prononcer des sanctions suite à son enquête sur le rôle de la banque dans l’affaire Caritas. 

Qui à la BGL BNP Paribas ira se mettre dans la souricière de la commission spéciale de la Chambre des députés qui se penche sur l’affaire Caritas? La question vaut également pour la Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat (BCEE). L’épreuve pourrait s’avérer redoutable. Le rôle des banques a en effet été déterminant dans la commission d’un des plus importants détournements de fonds «made in Luxembourg». Les députés attendent des réponses sur les écarts de conduite des gestionnaires de comptes de l’organisation caritative.

Le député CSV Charles Weiler, qui préside la commission spéciale, a lancé les invitations aux deux banques, la BGL et la «Spuerkeess», qui ont laissé partir les fonds de l’ONG en Espagne sans trop se poser de questions et lui ont prêté imprudemment beaucoup d’argent. En tout, 61 millions d’euros sont partis dans la nature dans une «fraude au président», au cœur d’une enquête judiciaire ouverte à l’été 2024. Les crédits et découverts accordés par les établissements financiers s’élèvent à 33 millions d’euros: 23 pour BGL et 10 pour la «Spuerkeess».

La Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat a répondu prestement aux sollicitations de la commission parlementaire. Le calendrier est fixé, des représentants de la banque à 100% publique seront entendus le 5 mai prochain.

La réponse de la BGL BNP Paribas a été plus tardive. L’établissement a attendu le vendredi 4 avril, date limite, pour confirmer le principe de sa venue. La banque enverra un des siens s’expliquer le 7 mai prochain devant les députés. La commission spéciale doit rendre son rapport le mois suivant.

Une démission qui interpelle

Contrôlée à 34% du capital par l’Etat luxembourgeois, BGL vit actuellement une période tourmentée. Sans qu’un lien direct puisse être établi à ce stade avec le client Caritas, la «démission» abrupte qui ressemble à un limogeage, le 2 avril dernier, de la directrice de la banque des entreprises (et accessoirement des ONG), membre du comité exécutif, laisse penser que l’affaire Caritas a probablement contribué à sa disgrâce.

La dirigeante a été, jusqu’à récemment, une des étoiles montantes de la plus grande banque luxembourgeoise. Elle incarnait la diversité et la réussite au féminin dans le monde très masculin du secteur financier luxembourgeois. Ses fonctions ont été reprises à titre d’intérim par l’administratrice déléguée de la banque.

La date du départ de la directrice «Entreprises» coïncide avec des échéances directement liées à la finalisation de l’enquête administrative visant la banque. Ouverte à l’été 2024 par la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), les investigations portent sur de possibles violations des obligations professionnelles en matière d’anti-blanchiment.

L’enquête de la CSSF bouclée

Le parquet vise également la BGL, ainsi que la «Spuerkeess», pour des faits identiques. Toutefois, la jurisprudence «Banque de Commerce et de Placements» rendant impossibles, sinon difficiles, les doubles poursuites judiciaires et administratives, invite actuellement les enquêteurs à la prudence …