Le conflit familial autour de la succession du groupe «Boucherie Salaisons Marco Meyer» prend une tournure judiciaire. «Ham&Beer», le holding du groupe, est visé par une enquête pour abus de biens sociaux et blanchiment. Cerné par les créanciers, il risque la faillite.
Les créanciers de «Ham&Beer», société mère de l’usine de jambons «Boucherie Salaisons Marco Meyer» et de sa micro-brasserie et de l’hôtel-restaurant à Bascharage, sont aux aguets. Les tribunaux sont assaillis de procédures en lien avec un conflit familial sans fin, mettant aux prises deux clans d’actionnaires pour la reprise en main du groupe – d’un côté, le fils, Luc Meyer, et son épouse, et de l’autre, son père Marco et ses deux sœurs, Simone et Anne. Nommé en décembre 2025 pour tenter de mettre de l’ordre dans l’entreprise sur fond de soupçons de malversations et de mauvaise gestion, un administrateur provisoire s’emploie, tant bien que mal, à sortir de la crise et à donner un avenir à la soixantaine de salariés du groupe de salaisons.
En octobre 2025, le holding «Ham&Beer Company» est au bord de la dissolution administrative à la demande du procureur d’Etat pour avoir contrevenu à la loi sur les sociétés commerciales. La société est alors en défaut de publication de ses comptes sociaux dans les délais légaux. Elle sauve sa tête en novembre 2025 en rendant, dans la précipitation, des bilans pour les années 2020 à 2023. Pour autant, les chiffres ne sont pas approuvés par l’assemblée des actionnaires, ce qui enfreint le droit des sociétés commerciales. La procédure de dissolution est toutefois stoppée in extremis. Le conflit entre actionnaires ayant conduit à la paralysie joue pourtant les prolongations.
Un groupe pratiquement ingérable
Comme Reporter.lu l’a déjà rapporté, le litige est né de la mésentente, après le départ en retraite de Marco en 2018, entre Luc et Simone, détenteurs chacun de 45% des parts de Ham&Beer. Marco et Anne sont actionnaires à hauteur de 5% chacun, mais sans droit de vote. Cette configuration oblige alors le frère et la sœur, lui exploitant de l’usine de salaisons, elle en charge de l’activité horeca, à s’entendre. Ce n’est pas le cas, Simone veut se désengager de l’entreprise familiale et vendre ses parts. Luc lui fait une offre à 800.000 euros, jugée insuffisante.
En 2019, un audit de Grant Thornton valorise la participation de 45% entre 4 et 5,3 millions d’euros. Trop cher alors aux yeux de Luc Meyer qui s’arroge alors les pleins pouvoirs dans le groupe et le gère en solo. La guerre est déclarée. La saga familiale «Meyer» commence. Les cours et tribunaux sont engorgés de plaintes et recours civils de toutes parts, rendant l’entreprise pratiquement ingérable.
Il faut arrêter les frais. La seule issue est malheureusement la faillite. Il faut regarder les choses en face.“
Avocate de Marco Meyer et de ses filles
En décembre 2025, face à l’enlisement, le clan du père et des filles sollicite des juges la nomination d’un administrateur provisoire du holding. L’avocat Cédric Schirrer a pour mission de gérer et d’administrer la société dans l’intérêt de ses actionnaires, des tiers et de ses deux filiales qui font remonter de l’argent dans le holding: «Boucherie Salaisons Marco Meyer» et «Brasserie Meyer». Luc Meyer est le patron de fait de ces deux entités opérationnelles. Il est aussi l’unique salarié de Ham&Beer.
Le dirigeant a pourtant les pieds et les poings liés: son père est propriétaire des bâtiments et des terrains sur lesquels l’usine à jambons et la brasserie sont implantées. Les loyers sont impayés en raison notamment de la brouille. Le tribunal est saisi pour recouvrer les arriérés d’un montant de 141.000 euros. Les comptes en banque de l’entreprise de salaisons sont bloqués par le père …
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