Le groupe «Salaisons Meyer» est aux prises avec un différend familial qui rend l’entreprise ingérable. Son dirigeant Luc Meyer est accusé par son père et ses sœurs, co-actionnaires, de s’être arrogé le contrôle de la société. Des comptes bancaires ont été bloqués.

«C’est Meyer quand c’est bon»: derrière ce slogan vantant les jambons de l’entreprise éponyme se trame un bras de fer pour le contrôle d’un des fleurons de l’artisanat du Luxembourg. Le conflit, qui couve depuis plus de cinq ans, fragilise un groupe fondé en 1918 par l’arrière-grand-père de Luc Meyer. Il est dirigeant de «Boucherie-Salaisons Marco Meyer» à Bascharage depuis 2006 et président de la Fédération des Artisans depuis septembre 2022.

Une dizaine de procédures devant les cours et tribunaux ont enlisé le dossier, entre des réclamations d’impayés de loyers, une citation directe au pénal pour des violations du droit des sociétés et un blocage du principal compte bancaire. Ces actions rendent le groupe pratiquement ingouvernable. Les réunions et assemblées, lorsqu’elles se tiennent, se font en présence d’avocats et d’huissiers de justice dans une ambiance à couteaux tirés.

Frère et soeur condamnés à s’entendre

L’entreprise familiale est structurée en 2016, après la passation de pouvoir, à la manière d’une multinationale avec à la tête du groupe une société de participation financière (Soparfi), «Ham&Beer Company», contrôlant deux filiales à 100%: «Boucherie-Salaisons Marco Meyer sàrl», qui produit dans ses ateliers à Bascharage quelque 60.000 jambons par an et «Brasserie Meyer s.a.», qui exploite un hôtel restaurant et une micro brasserie dans la même localité.

Lorsqu’il quitte l’entreprise en 2016, le «patriarche» Marco Meyer remet les clefs de l’outil industriel à deux de ses enfants: à Luc Meyer revient la direction de la très rentable usine de salaisons tandis que Simone Meyer prend les commandes de l’hôtel restaurant à l’activité bien moins florissante que celle confiée à son frère.

Monsieur Marco Meyer s’adresse alors à Monsieur Luc Meyer, son fils, en le tutoyant et ce dernier l’interrompt en lui demandant de quel droit il le tutoie.“Procès verbal de l’huissier de justice

Sur le papier du moins, Simone et Luc sont à égalité dans le groupe, ce qui les oblige à s’entendre. Ils détiennent chacun 45% de la société faîtière Ham&Beer, leur père a conservé 5% des parts et leur sœur, Anne, est également actionnaire à 5%. Ni Marco, ni Anne n’ont de droit de vote.

Marco Meyer reste avec son épouse propriétaire de terrains et de locaux d’une partie des exploitations, dont la Brasserie Meyer et le parking des employés de l’usine de salaison, à travers la société civile immobilière (SCI) «Immobilière Bommelscheuer». Les loyers envers la SCI sont impayés depuis 2002, portant les impayés à 2,34 millions d’euros …