Le Mudam n’a pas fini de défrayer la chronique. Les problèmes de gouvernance démontrent les différences entre vœux et réalités du musée. Des démissions récentes dont celle de la directrice des Finances font monter la pression sur les responsables politiques.
Au début était le nom et avec lui venait la première contradiction. Le Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (Mudam), n’est pas un musée d’art moderne. Les expositions qui s’enchaînent depuis son ouverture en juillet 2006 dans le bâtiment conçu par l’architecte Ieoh Ming Pei, se concentrent toutes sur l’art contemporain. En fait, le Mudam devrait s’appeller Mudac – vu que ses collections comprennent essentiellement des œuvres provenant du 21e siècle.
Et pour cause : Le Luxembourg ne possède pas les moyens pour amasser des collections d’art moderne du 20e siècle, qui sont hors de prix. Mais pour les instigateurs du projet – parmi eux l’ancienne Ministre de la Culture Erna Hennicot-Schoepges (CSV) en première ligne – l’envie de faire concurrence à des institutions françaises comme le Centre Pompidou, a longtemps prévalu à la réalité du terrain.
Contradiction héritée
Il semble qu’en 1998, lorsque la Fondation Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean a été créée, les signataires, dont Luc Frieden (CSV) en tant que Ministre du Budget de l’époque, aient déjà eu conscience du paradoxe. Ainsi l’article quatre prévoit la constitution d’«une collection reflétant les diverses tendances de l’art moderne et contemporain». Ce qui ne les a pas empêchés d’inscrire le terme de «moderne» dans le nom de ce qui n’était à ce moment qu’un vague projet.
En 2025, le Mudam n’est plus une fondation, mais un établissement public. Pourtant, le paragraphe en question est resté en place. Et avec lui les contradictions et les scandales. Des années ont été rythmées par des conflits entre la direction et le Conseil d’administration sous les dirigeants consécutifs Marie-Claude Beaud et Enrico Lunghi – qui ont cumulé dans l’évincement médiatisé de ce dernier.
Après le calme est revenu avec l’engagement de l’Australienne Suzanne Cotter, qui ne s’opposait pas aux vœux de privatisation émanant du Conseil d’Administration et de ses proches et dont la programmation était moins axée sur la provocation.
La directrice générale et les rôles d’appareil ne sont plus unis pour assurer une autorité saine.“Conclusions de l’audit du Mudam
Après le départ de Suzanne Cotter vers son pays d’origine, le choix tomba sur l’Allemande Bettina Steinbrügge. Déjà connue de la scène artistique grand-ducale pour des collaborations avec le Casino-Forum d’Art Contemporain, le choix semblait logique. Le fait que la dernière exposition qu’elle organisait pour son ancien employeur, le prestigieux «Kunstverein in Hamburg» en 2022, était dédiée à l’artiste luxembourgeois Michel Majerus, a joué en sa faveur. Figure majeure de l’art contemporain, Michel Majerus a été une des victimes du crash fatal d’un avion Luxair en 2002.
D’abord soutenue pleinement par le Conseil d’Administration du Mudam, ce dernier a vite déchanté. Reporter.lu a pu parler à plusieurs sources à l’intérieur du musée. Les récits sont concomitants: Bettina Steinbrügge a d’abord rajeuni l’équipe en place en remplaçant les départs à la retraite par des personnes sans grande expérience, mais d’autant plus loyales envers sa personne. Ce qui a grandement ouvert la porte au favoritisme, qui a fini par empoisonner l’ambiance dans l’équipe comptant une quarantaine de personnes …
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