Il n’y a pas si longtemps, en janvier 2016, la proposition du Premier ministre Xavier Bettel de créer une «Galerie nationale d’art» suscitait des cris d’effroi d’une bonne partie de la scène culturelle. Elle craignait la «ghettoïsation» des artistes du pays. Au fil des mois, sur fond de «Zukunft op Lëtzebuergesch», de nombreux réfractaires se sont ralliés au projet. La «recommandation 30» du Plan de développement culturel a de bonnes chances de passer le cap des prochaines élections législatives, même si de nombreux points restent à éclaircir.

Il faut dire qu’au-delà de la seule Galerie nationale, le projet prévoit désormais la création d’un Centre de documentation de l’art luxembourgeois. Cette institution fait défaut pour les arts plastiques au regard du travail effectué dans d’autres disciplines artistiques par le Centre national de littérature (CNL), le Centre national de l’audiovisuel (CNA) ou le Centre de documentation de la musique (Cedom).

La Gnal aura ainsi une double mission: être la vitrine de l’art luxembourgeois depuis 1945 à travers des expositions permanentes et temporaires, mais aussi gérer les archives de l’art national en vue de leur exploitation scientifique et de l’édition d’un dictionnaire des artistes («Künstlerlexikon»). Elle sera hébergée dans l’actuelle Bibliothèque nationale après le déménagement de celle-ci vers le Kirchberg.

Xavier Bettel a annoncé un budget de 36 millions d’euros pour la restauration du bâtiment qui accueillera la Gnal (2700 mètres carrés sur deux étages) et des logements (1600 mètres carrés). Elle pourrait ouvrir ses portes au mieux d’ici 2023, après trois ans de travaux. On indique au ministère de la Culture que le coût des transformations a été inscrit dans le budget pluriannuel du ministère du Développement Durable et des Infrastructures.

Nous avons demandé au ministère de la Culture d’être associés aux discussions futures pour préciser le projet.“Trixi Weis, artiste et présidente de l’AAPL

Dire que le projet a suscité l’enthousiasme lors de sa présentation mi-juin à la Commission de la Culture de la Chambre des députés serait exagéré. Néanmoins, il n’y a pas d’opposition en bloc. Cela va de la critique sur le «manque de vrai concept» de l’ancienne ministre de la Culture Octavie Modert (CSV) aux interrogations de Sam Tanson (déi Gréng) qui se «demande si c’est la priorité pour les artistes». Elle estime que le déficit d’ateliers d’artistes est une question davantage stratégique que l’endroit pour les exposer.