Dix ex-dirigeants et employés de la Banque Havilland sont poursuivis par la justice luxembourgeoise pour violation des règles anti-blanchiment. Harley Rowland, le fils du fondateur, compte parmi les prévenus. Plongée dans les coulisses de la banque des oligarques.

L’argent des oligarques d’Azerbaïdjan et de la famille de son président, Ilham Aliyev, a fait de nombreuses victimes collatérales sur la place financière. La cheffe étoilée Léa Linster, l’ex-présidente de la Chambre des notaires et plusieurs de ses collègues ainsi que la doyenne des banques luxembourgeoises, la Banque Internationale à Luxembourg (BIL), ont succombé tour à tour aux charmes des milliardaires de cette ancienne république soviétique.

La Banque Havilland a trébuché, à son tour, sur les «réseaux d’Azerbaïdjan», qui lui ont valu, après un contrôle en 2018, une amende de quatre millions de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF). Un autre contrôle sur site du régulateur, cinq ans plus tard, a été fatal pour l’établissement.

L’enquête administrative de la CSSF a montré la récurrence des «violations graves et répétées» en matière de gouvernance et de lutte contre le blanchiment. Une nouvelle sanction de cinq millions d’euros a été infligée à l’établissement et sa licence bancaire lui a été retirée en août 2024, deux décisions contestées par l’actionnaire, le milliardaire britannique David Rowland.

Des cadavres dans le placard

Le dossier «Havilland» de 2018 a pris une tournure pénale peu après l’intervention du régulateur. Après sept ans d’enquête judiciaire, le parquet est en passe de finaliser ses poursuites contre dix ex-dirigeants et cadres de la Banque Havilland, suspectés d’infraction à la loi du 12 novembre 2004 relative à la lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme (loi «AML»).

Les règles anti-blanchiment s’appliquaient aux clients, sauf aux amis de la famille Rowland.“Un des témoins du dossier

Les faits litigieux se sont produits entre 2015 et 2017. L’affaire est partie d’une dénonciation du régulateur en mars 2018, après un contrôle sur place dans la banque en juin 2017. Les doutes de la CSSF sont nés de la lecture d’un article de presse relatant l’octroi d’un prêt de 25 millions d’euros par la banque à Kola Aluko, un magnat nigérian du pétrole, au cœur d’un scandale de corruption …