La coalition CSV-DP a d’abord gouverné sans faire de vagues, cochant les cases de leur liste de tâches. Mais à mi-mandat, leur plan initial risque de ne pas aboutir. Et pourtant, même en période d’incertitude, le gouvernement s’accroche obstinément à son programme.

«Il n’y a plus de projet bleu-rouge-vert»: ces mots prononcés par Alex Bodry lors de la campagne électorale de 2018 ont annoncé la fin imminente de la volonté réformatrice du gouvernement DP-LSAP-Déi Gréng. Les propos de l’ancien chef du groupe parlementaire socialiste ont fait l’objet de vives discussions, mais été souvent mal compris. Car l’ancien dirigeant politique ne faisait qu’énoncer une évidence: au cours de son premier mandat, la coalition bleu-rouge-vert avait bien mis en route des réformes novatrices. Après cinq ans au pouvoir, cet agenda était toutefois largement épuisé. L’ardeur à la modernisation devait céder complètement la place à la simple volonté de se maintenir au pouvoir.

Après les élections suivantes, le DP, le LSAP et Déi Gréng ont, bien sûr, poursuivi leur collaboration. Leur deuxième programme ne s’apparentait toutefois pas à une continuation du projet lancé en 2013, mais plutôt au plan d’une coalition qui n’avait pas compté sur sa réélection. La pandémie, la guerre en Ukraine et l’inflation ont contraint le gouvernement à se mettre en mode de crise permanente et lui ont donné ainsi une nouvelle raison d’être.

Une élection plus tard, cette alliance, jadis si révolutionnaire, a été évincée presque dans l’indifférence. Elle a été suivie par une coalition qui ne prétendait même pas incarner une vision politique particulière. Le CSV et le DP avaient certes certains points communs d’ordre idéologique. Mais le programme de coalition signé fin 2023 ne repose que partiellement sur un fonds commun issu des traditions libérales et conservatrices.

Le préambule du document intitulé «Lëtzebuerg fir d’Zukunft stäerken» résumait très bien le fondement idéologique de cette coalition. Or, un tel préambule n’existe pas. Le programme de coalition renonçait en effet à cette introduction solennelle habituelle. C’était un premier indice du style politique stérile que la nouvelle majorité s’apprêtait à adopter.

La politique selon une liste de tâches

Aussi en rétrospective, ce programme apparaît moins comme une feuille de route flexible, source d’orientation politique, que comme une liste de tâches strictes à traiter étape par étape. C’est avec cet état d’esprit que la coalition CSV-DP dirige d’ailleurs les affaires du pays depuis près de deux ans et demi. Même si ses lignes directrices ne sont pas documentées, elles apparaissent clairement dans ses actions. Le nouveau gouvernement a rapidement tenu certaines de ses promesses électorales, a mis en place des fonctionnaires politiques loyaux et a réussi, pendant un certain temps, à empêcher les conflits internes de filtrer à l’extérieur.

Le Premier ministre ne gouverne pas comme un CEO visionnaire, mais plutôt comme un simple préposé de l’administration fiscale qui agit strictement selon les règles et traite ses dossiers sans se laisser distraire par le monde extérieur.»

C’est surtout le CSV qui a eu besoin de temps pour se réhabituer au pouvoir après une décennie d’abstinence gouvernementale. Le programme tiède d’un parti populaire centriste caractérisait certes le CSV déjà avant l’ère Luc Frieden. Mais ce que le parti a manifestement perdu dans l’opposition, c’est le savoir-faire en matière de politique gouvernementale. Le démontage public de l’ex-ministre Georges Mischo n’en est que l’exemple le plus flagrant …

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