Les psychiatres plaident depuis longtemps pour la création de centres thérapeutiques pour enfants et adolescents. Cela leur permettrait de collaborer avec d’autres spécialistes pour le bien de leurs jeunes patients. Le gouvernement va enfin – peut-être – agir.

Être parent et avoir un enfant qui va mal – vraiment mal. Aller à l’école, voir des amis, faire ses devoirs: plus rien n’est évident. Pire: elle a des crises d’angoisse régulières, se sent dépressive et peu sûre d’elle. Comment l’aider? Elle ne va pas «assez» mal pour être hospitalisée dans un service d’urgence psychiatrique. Et être à la maison est la seule chose qui la rassure. Plusieurs options sont possibles: avoir recours au Service d’accompagnement scolaire de l’école, trouver un psychologue ou un psychothérapeute, appeler l’Office National de l’Enfance ou un service de la Croix-Rouge… Et un psychiatre ne serait-il pas nécessaire? Mais comment le savoir?

Voici quelques-unes des questions qui se présentent aux parents lorsque leur enfant traverse une période difficile. Appeler plusieurs personnes et recevoir toujours la même réponse – «désolé, je ne prends plus de nouveaux patients» – n’est pas rare, bien au contraire. Thomas Karst, psychiatre-psychothérapeute et responsable médical du Centre Thérapeutique Putscheid, ajoute que «à chaque fois maintenant qu’on pose la question «quand est-ce que ça a commencé à aller mal», on reçoit la réponse: pendant le Covid. Le mobbing aussi est un vrai fléau».

Manque d’échanges professionnels

La Société luxembourgeoise de Psychiatrie, Pédopsychiatrie et Psychothérapie (SLPPP) essaie de remédier à certains problèmes dans la prise en charge des jeunes depuis déjà plusieurs années. Les interlocuteurs de Reporter.lu tombent d’accord pour dire que les services hospitaliers de psychiatrie fonctionnent bien dans l’ensemble. Mais il faudrait surtout augmenter le nombre de lits. Ce qui est en train de se faire à travers le projet d’un hôpital de jour pour jeunes à Wiltz. Le remboursement intégral des séances de psychothérapie pour mineurs, en vigueur depuis février 2023, représente également une amélioration.

Là où le bât blesse? Ladite offre «ambulatoire», lorsque le patient n’est pas à l’hôpital mais vient chez un spécialiste pour une séance hebdomadaire ou mensuelle: psychothérapeute, nutritionniste, psychomotricien, psychiatre… La plupart des enfants et des adolescents sont suivis de façon ambulatoire, c’est-à-dire que leur cas n’est pas «assez grave» pour nécessiter une hospitalisation.

Il y a des enfants qui ont été pris en charge pendant des années dans une structure pédagogique sans avoir jamais vu de pédopsychiatre. Et ce alors que l’enfant en aurait eu besoin.“
Salima Aarab, Psychiatre

Or le plus souvent, les différents spécialistes installés en libéral que voit l’enfant chaque semaine n’ont pas d’échanges professionnels entre eux. Et il n’est pas toujours sûr que l’enfant voie les professionnels le plus appropriés …