A la tête de la BCL depuis 2013, Gaston Reinesch rempile pour un troisième mandat. Le ministre des Finances lui a renouvelé sa confiance. Sa reconduction interpelle. Le gouverneur a des rapports tendus avec le Premier ministre et sa gouvernance est controversée.   

Luc Frieden le tenait à distance, Pierre Gramegna se méfiait parfois de ses sautes d’humeur et Gilles Roth, dont il fut le chef, évite de le contrarier. Les trois ministres des Finances ont pourtant offert à Gaston Reinesch d’accéder puis de se maintenir à la tête de la Banque centrale du Luxembourg (BCL). A bientôt 66 ans, il est reparti pour un mandat de gouverneur de la prestigieuse institution du boulevard Royal. Il n’ira peut-être pas jusqu’au bout de ce troisième mandat, vu qu’en 2030, il sera âgé de 72 ans.

La reconduction d’un homme usé et connu pour son caractère rancunier et imprévisible a de quoi surprendre. Pourtant, Gilles Roth, ministre CSV des Finances depuis six mois, lui a demandé de rester: «C’est un bon gouverneur et il est apprécié à Francfort (siège de la Banque centrale européenne, ndlr) et à l’étranger. Il a ma pleine confiance», explique le ministre vis-à-vis de Reporter.lu. «Gaston Reinesch a été apprécié par tous les ministres qui ont travaillé avec lui pour ses compétences», poursuit le ministre.

L’art de la discrétion

Le portrait laudatif qu’il fait du patron de la BCL tranche avec le sentiment que sa personnalité inspire tant en interne, où son image est brouillée et sa gouvernance controversée, qu’à l’extérieur, où il compte peu d’alliés et une visibilité réduite. Sa reconduction à la BCL est un choix politique par défaut. D’après plusieurs sources, Gilles Roth aurait en effet hésité à laisser partir le directeur du Trésor Bob Kieffer, que l’on disait intéressé par le poste à la BCL. Toutefois, ses accointances au DP – l’ancien ministre libéral Pierre Gramegna est allé le recruter à la BGL – n’aurait pas plaidé en sa faveur. Le Premier ministre CSV Luc Frieden se serait montré réservé sur sa promotion.

La relation était tendue avec Frieden (…). Sur le plan des relations humaines, le courant ne passait pas bien.“Un ancien collègue du ministère des Finances

L’option Gaston Reinesch peut aussi illustrer le peu d’intérêt que le gouvernement marque pour «sa» banque centrale, sous capitalisée et mal outillée pour faire un travail efficace d’analyse budgétaire et financière. Sa longévité, le «gouverneur», appellation que la loi organique de la BCL ne reconnaît d’ailleurs pas, il la doit surtout à son art de cultiver la discrétion, jusqu’à l’outrance, et d’éviter de prendre des positions publiques critiques frontales sur la politique financière et fiscale du gouvernement. Il est ainsi aux antipodes de son prédécesseur Yves Mersch qui avait un avis tranché sur tout, le faisait savoir, aimait s’immiscer dans les débats nationaux et ne cachait pas son marquage politique au LSAP.

Gaston Reinesch fuit les médias, non pas parce qu’il boude la lumière des projecteurs, mais parce qu’il n’en maîtrise pas les codes. Il exige les questions à l’avance et ne tolère pas une once d’improvisation …