Une journaliste de Reporter.lu a obtenu des dommages et intérêts, le tribunal ayant jugé qu’elle avait fait l’objet d’une plainte abusive. Le jugement est une bonne nouvelle pour le journalisme d’investigation – et un précédent important pour l’ensemble de la presse au Luxembourg.

Parfois, il faut attendre un certain temps avant que ce qui est évident soit officiellement reconnu comme tel. Dans ce cas, il s’agit du fait qu’une journaliste expérimentée, critique et consciencieuse, ne cherche pas à diffamer ou à offenser qui que ce soit par ses recherches, mais qu’elle fait simplement son travail.

Tel est en tout cas le verdict de la cour d’appel dans l’affaire «Qubic contre Reporter.lu», rendu le 20 avril 2026. Le contexte est une citation directe déposée par la société immobilière «Qubic Group S.A.» en octobre 2024 à la suite d’un article paru sur Reporter.lu. Ce jugement pourrait faire jurisprudence – pour plusieurs raisons.

Mais avant tout, un avertissement important, bien qu’inhabituel pour un journaliste: l’auteur de cet article est parti pris sur le sujet. Car, outre la société Reporter Media et la journaliste Véronique Poujol de Reporter.lu, il est lui aussi accusé dans cette affaire judiciaire. Ce fait n’empêche toutefois pas que la portée de ce jugement dépasse objectivement le cercle des personnes directement concernées …

En effet, si les tribunaux luxembourgeois acquittent régulièrement des journalistes, il est très rare qu’ils leur accordent des dommages et intérêts substantiels. Cette décision renforce ainsi le journalisme critique et d’investigation, et contribue à la protection efficace de la liberté de la presse dans le pays. Son importance ne se limite donc pas à l’auteur de ces lignes, mais concerne aussi vous, chères lectrices et lecteurs, ainsi que la société tout entière.

Le long chemin vers un jugement tant attendu

Tout a commencé par un article publié le 10 juillet 2024 sur Reporter.lu intitulé «Qubic: Le promoteur condamné pour défaut de transparence». Véronique Poujol y décrivait le modèle économique de la société immobilière Qubic et les motifs de la condamnation de son gérant, Laurent Recouvreur, à une amende pour violation de la loi sur les sociétés commerciales.

À la suite de cette publication, l’entreprise a exercé son droit de réponse prévu par la loi sur la liberté d’expression dans les médias. Quelques semaines plus tard, elle a déposé une plainte pénale contre Reporter.lu et l’auteure de l’article pour diffamation, calomnie et injure présumées. Parallèlement, Qubic a engagé une procédure civile contre ladite publication et a réclamé des dommages-intérêts d’un montant de non moins de 100.000 euros.

La Cour d’appel retient (…) qu’il est établi que la société Qubic n’a pas lancé la citation directe dirigée contre Véronique Poujol en vue de la voir retenir dans les liens des infractions de calomnie, diffamation et injure mais en vue de l’intimider (…).»Arrêt de la Cour d’appel du 20 avril 2026

Dans son jugement du 17 juin 2025, le tribunal d’arrondissement de Luxembourg a acquitté tous les accusés et a condamné Qubic à prendre en charge les frais de procédure de la journaliste, d’un montant de 1.000 euros. Les juges de première instance ont toutefois déclaré non fondée une demande d’indemnisation pour procédure abusive et vexatoire. La journaliste Véronique Poujol et son avocat, Stéphane Sunnen, soutenus par Reporter Media, ont donc interjeté appel afin de contester précisément cet aspect du jugement.

Et ils ont obtenu gain de cause. Le 20 avril 2026, la cour d’appel a fait droit à la demande reconventionnelle en dommages-intérêts et a condamné Qubic à verser à la journaliste une somme de 2.500 euros, majorée des frais de procédure ainsi que des intérêts légaux courus depuis le dépôt de la première plainte …