Le directeur de l’administration fiscale, Jean-Paul Olinger, est confronté à des fonctionnaires surchargés et à une numérisation à la traîne. Un entretien sur les limites de la modernisation, l’incompréhension des contribuables et les raisons pour lesquelles certaines choses prennent plus de temps.
Interview: Laurent Schmit
Monsieur Olinger, vous êtes directeur de l’Administration des contributions directes depuis un peu plus de deux ans. Aviez-vous conscience de l’ampleur de ce défi?
Oui, j’étais tout à fait conscient que ce serait un défi de taille. En effet, j’avais déjà eu affaire à l’administration dans le cadre de ma fonction précédente (en tant que directeur de l’Union des entreprises luxembourgeoises UEL, ndlr) et je savais dans quels domaines les choses n’étaient pas si simples. J’ai pu m’en faire rapidement une idée dès que c’était certain que j’allais occuper ce poste. Aujourd’hui, je vis la réalité. Je vois aussi qu’il y a de nombreux collègues motivés et très compétents, qui oeuvrent tous dans le même sens. Les choses prennent simplement plus de temps qu’on ne l’aurait espéré. Mais nous avançons bien et c’est clairement positif.
Vous êtes désormais confronté à un défi de taille. Le Parlement va prochainement se prononcer sur la grande réforme fiscale, y compris l’individualisation, qui doit entrer en vigueur en 2028. N’est-ce pas difficile, avec une administration en pleine restructuration?
C’est en effet un défi supplémentaire que de modifier le système fiscal alors qu’il est en pleine transformation. Mais l’administration n’a cessé d’évoluer ces dernières années. Parallèlement, les textes de loi ont toujours été adaptés en conséquence. Le changement a toutefois désormais une ampleur plus grande. Je ne sais pas s’il s’agit d’une réforme du siècle, mais c’est certainement une réforme majeure, car elle concerne la modification des classes d’impôts. Le fait que cela ait été planifié longtemps à l’avance et que nous ayons été impliqués dès le début nous aide. De plus, c’est une opportunité pour nous, car nous pouvons adapter le système informatique en même temps.
Le Parlement vient d’allouer à l’administration fiscale un budget de 226 millions d’euros pour la numérisation. Cela inclut également les logiciels. Où en est la procédure d’appel d’offres?
La procédure d’appel d’offres est en cours. Il faudra attendre le début de l’année prochaine pour que tout soit finalisé.
Le recours formé par une entreprise devant le tribunal administratif, dont Reporter.lu s’est fait l’écho fin juin, contre la procédure d’appel d’offres n’entraîne-t-il pas un certain retard?
Il y a eu un recours, mais le jugement est désormais rendu et il est favorable. Le recours a été rejeté comme irrecevable. Cela nous aide certainement. Il s’agit d’une procédure d’appel d’offres publique et tout recours doit être pris en compte.
Dans d’autres pays, on a déjà constaté que des appels d’offres similaires faisaient régulièrement l’objet de recours. Cela signifie-t-il que cela pourrait également perturber le calendrier?
Nous en tenons compte. Nous programmons également en parallèle l’individualisation dans le système informatique existant. Mais, bien sûr, nous souhaitons ensuite passer au nouveau système le plus rapidement possible, car ce n’est pas une fin en soi. L’administration est actuellement peu numérisée, du moins du point de vue des contribuables. Ceux-ci souhaiteraient peut-être disposer d’un tableau de bord personnalisé, d’un conseil sur mesure et d’un simulateur qu’ils pourraient utiliser. Le nouveau système informatique nous donnera des moyens d’action totalement différents et offrira aux contribuables une expérience totalement différente …
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