Pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, les Russes élisent leurs députés entre le 18 et le 20 septembre. Orchestré par le Kremlin, ce scrutin n’a pas d’enjeu électoral et est avant tout un instrument pour mobiliser le pays à la guerre.

Par Benjamin Quénelle (Le Monde, 2026)

Par deux fois, cette semaine, Vladimir Poutine l’a répété: quatre ans et demi après l’invasion de l’Ukraine par les troupes du Kremlin, il n’y aura pas de nouvelle mobilisation militaire en Russie. «A ce jour, il n’existe aucun scénario qui nécessiterait une mobilisation», a assuré le président russe, jeudi 3 septembre, lors d’un forum économique à Vladivostok. Comme souvent dans les discours de l’ancien agent du KGB, rompu aux manipulations derrière les mots, tout est dans le détail des expressions choisies. Vladimir Poutine a bien précisé: «à ce jour». C’est-à-dire à quinze jours des élections des députés de la Douma d’Etat qui, premières législatives depuis le début de la guerre, se tiendront du 18 au 20 septembre.

Ces élections sont gagnées d’avance par Russie unie, le parti du Kremlin. Toute opposition, notamment contre la guerre, a été écartée. Mais ce n’est pas un hasard si Vladimir Poutine a pris l’initiative de parler de possible mobilisation générale, quatre ans après la mobilisation partielle qui, à l’automne 2022, avait provoqué une vague de panique dans les familles russes et de départ d’hommes poussés à se cacher à l’étranger ou dans leur datcha, leur maison à la campagne. «C’est une attaque informationnelle de la part de l’ennemi avant des élections à la Douma, avec une tentative d’influer sur leur résultat», a affirmé le président pour tenter de rassurer la population.

Le chef du Kremlin faisait allusion à la déclaration du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui, le 24 juillet, avait assuré avoir reçu des «informations claires» de ses services de renseignement sur la préparation, «à l’automne, d’une nouvelle et importante vague de mobilisation [russe]». En Russie même, malgré les dénis officiels, la rumeur court et les associations d’aide au départ le confirment: depuis le début de l’été, de plus en plus d’hommes, parfois avec leur famille, préfèrent prendre leurs précautions et quitter le pays. «Poutine promet: “à ce jour”. Mais beaucoup pensent au jour d’après, confie anonymement la directrice d’une de ces associations. Après les législatives, il sera trop tard pour partir…