La «Spuerkeess» annonce une réorganisation de sa gouvernance, mais se garde bien d’évoquer ses propres défaillances dans l’affaire Caritas. La banque publique reste ainsi fidèle à sa ligne: nier tout dysfonctionnement et esquiver la moindre responsabilité.

Imaginons le scénario vertueux suivant: une banque d’importance systémique autorise des milliers de virements d’une fondation caritative vers des comptes contrôlés par des réseaux criminels. Une fois la fraude révélée, la banque se met aussitôt en mouvement, examine ses failles internes et veille à ce qu’elles ne se reproduisent pas. Elle adopte une stratégie de communication réfléchie, rassure ses clients et le public et contribue activement à faire la lumière sur l’affaire. À la fin, ses dirigeants assument pleinement leurs manquements.

Au Luxembourg, ce scénario plancher relève de la pure fiction. Lundi, la Banque et Caisse d’Épargne de l’État (BCEE) a convoqué à la dernière minute une conférence de presse afin de présenter sa «stratégie 2030». Après avoir largement brodé en mode communication corporate, les responsables se sont contentés d’annoncer, que la directrice générale Françoise Thoma allait quitter son poste, mais seulement après une période de transition dont la date n’a pas été précisée. Elle restera ensuite pour conseiller la banque sur le plan stratégique.

«Don’t mention the scandal»

Face à la presse, les responsables de la «Spuerkeess» se sont bien gardés d’établir le moindre lien avec l’affaire Caritas — alors même que la banque d’État y a joué un rôle central. C’est pourtant elle (avec la BGL BNP Paribas) qui a, très concrètement, permis le déroulement du scandale de fraude de 60 millions d’euros, via les virements de Caritas vers des réseaux présumés criminels. Pour rappel, la BCEE a autorisé en l’espace de cinq mois environ des transactions d’un montant total de plus de 50 millions d’euros vers des comptes qui ne correspondaient pas aux destinataires indiqués.

Si certains médias interprètent le reprofilage de la directrice générale comme une conséquence du scandale Caritas, c’est en réalité tout le contraire. La BCEE reste fidèle à sa ligne de conduite dans cette affaire de fraude massive. Après la révélation du scandale, les responsables de la banque ont choisi la stratégie la plus simple: observer le silence pendant des mois. Plus tard, ils ont nié toute responsabilité, alors que les irrégularités étaient avérées depuis longtemps. À la Chambre des députés et dans des interviews, Françoise Thoma est même allée jusqu’à déclarer que la BCEE n’avait commis «aucune erreur».

«Circulez, y’a rien à voir!»

L’annonce selon laquelle la directrice restera en fonction jusqu’à la nomination d’un successeur et continuera ensuite à assister la banque en tant que «conseillère stratégique» fonctionnaire n’est donc que la suite logique de leur approche. Car, depuis le début de l’affaire Caritas, la «Spuerkeess» refuse obstinément toute obligation de rendre des comptes. Elle n’a jamais admis avoir joué un rôle déterminant dans l’affaire. Devant la commission spéciale du Parlement, elle a nié toute forme de responsabilité. Elle a même tenté de minimiser l’amende de près de cinq millions d’euros infligée par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) en la qualifiant de processus abstrait, sans lien direct avec l’affaire Caritas.

Même dans un pays dont la culture politique fait preuve d’une conception plutôt détendue de la notion de responsabilité, la nonchalance frôlant l’arrogance de la «Spuerkeess» est stupéfiante …