Après la mort du «Guide suprême» Ali Khamenei, le gouvernement iranien s’organise pour survivre. La tentative en cours de provoquer un effondrement du régime est l’aboutissement de la stratégie de pression maximale de Donald Trump, aiguillonnée par Israël.
Par Louis Imbert (Le Monde, 2026)
Il fallait de l’assurance aux plus hauts gradés des forces iraniennes pour oser se réunir, samedi 28 février au matin, rue Pasteur à Téhéran. Nommée en l’honneur de l’inventeur français du vaccin contre la rage, cette artère arborée, propre et calme, réunit les principales institutions de la République islamique: le bureau du Guide suprême, Ali Khamenei, celui du président, et le Conseil suprême de sécurité nationale.
Tandis que le régime iranien faisait traîner les négociations avec Washington sur son programme nucléaire, la CIA suivait de près, depuis janvier, l’activité de la rue Pasteur. C’est elle qui, la première, aurait eu vent d’une rencontre à laquelle le Guide suprême devait participer, ce 28 février, selon le «New York Times». Elle a transmis ces éléments au renseignement militaire israélien, qui suivait pour sa part les déplacements des militaires convoqués, selon l’armée.
Vendredi 27 février, à la veille de la réunion, une fuite dans la presse israélienne laissait accroire que le chef d’état-major, Eyal Zamir, dormait chez lui. En réalité, il planifiait l’attaque de la réunion iranienne. Les chasseurs israéliens ont décollé à l’aube. A 9h40, ils bombardaient un bâtiment où se trouvait le Guide et celui où se réunissaient déjà le chef d’état-major, Abdolrahim Moussavi, le chef des gardiens de la révolution, Mohammad Pakpour, le secrétaire du Conseil de Défense, Ali Shamkhani, et le ministre de la Défense, Aziz Nasirzadeh.
Tous ont été tués. Une deuxième vague a frappé de hauts responsables du renseignement intérieur iranien à Téhéran, selon l’armée israélienne, qui affirme avoir tué près de 40 officiers. Jamais Israël n’avait ainsi visé un chef d’Etat étranger. Mais il est difficile d’imaginer que la décision n’ait pas été prise par Donald Trump lui-même. Moins de deux mois après avoir ordonné l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas, le 3 janvier, le président américain a une fois de plus bousculé les normes de l’usage de la force, dans le monde d’après la Guerre froide.
Manque de patience
«Notre opportunité, c’est Trump», s’enthousiasmait, peu avant la guerre, un officier de réserve israélien. Voilà près d’une décennie que ce haut responsable du renseignement espérait une telle tentative de renversement du régime iranien …
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