Luxair fait voler un de ses avions aux couleurs d’une association fondée par la Grande-Duchesse. Le soutien soulève des questions sur les conditions du partenariat. Derrière le choix, il y a une proximité entre le CEO Gilles Feith et le Grand-Duc qui va au-delà de la simple charité.

La compagnie aérienne «Luxair» et son directeur général Gilles Feith ont mis en scène leur soutien à une œuvre caritative à un niveau rarement atteint. Le choix de l’association «Stand Speak Rise Up!», dont un avion de la flotte et ses sièges portent les couleurs et le logo, est audacieux. Il l’est autant pour la cause défendue par l’asbl, le viol utilisé comme arme de guerre dans des zones sensibles que pour les liens distants que cette organisation entretient avec le Luxembourg.

A l’exception de deux des fondateurs, l’épouse du Grand-Duc, Maria Teresa, et de l’animateur de TV Stéphane Bern, de la «conseillère honoraire», ancienne ministre et aujourd’hui députée socialiste Paulette Lenert dans le conseil d’administration et d’un siège social à Colmar-Berg, l’ancrage de Stand Speak Rise Up! est très parisien, tout comme la plupart de ses sponsors. Les deux derniers conseils d’administration de l’association se sont d’ailleurs tenus dans la capitale française, la ville de «cœur» revendiquée du couple grand-ducal.

Entre soutien et favoritisme

Annoncé le 15 novembre, le «partenariat fort» avec l’association «qui ira bien au-delà d’une représentation visuelle», selon le communiqué de la compagnie, n’a pas déclenché de tapage politique, mis à part dans le camp de Déi Lénk. Son député Marc Baum s’est fendu d’une question parlementaire à la ministre de la Mobilité, Yuriko Backes (DP) et au Premier ministre Luc Frieden (CSV), sollicitant des explications sur la pertinence de ce partenariat.

Les interrogations de l’élu s’inscrivent dans un double contexte: d’abord de crise des ONG humanitaires qui licencient du personnel, faute de soutien financier, ensuite de crainte concernant le détricotage de la réforme de la «Maison du Grand-Duc» (ou réforme Waringo), avec l’arrivée de Luc Frieden à la tête du gouvernement. Le Premier ministre CSV est réputé plus «Royal friendly» que son prédécesseur libéral Xavier Bettel, qui avait initié en 2020, la réforme de la Cour. Ce dernier avait imposé une séparation, notamment sur le plan du financement public, entre les activités privées et les missions officielles de la famille grand-ducale. Or, des signaux montrent depuis un an un infléchissement et des porosités entre ce qui relève du privé et ce qui a trait à l’institutionnel.

Le Premier ministre n’est pas prévenu de façon systématique des activités régulières de Luxair, ni d’autres sociétés.“Porte-parole de Luc Frieden

Le capital de Luxair étant majoritairement aux mains de l’Etat luxembourgeois, le soutien de la compagnie nationale à une initiative privée de la «première dame» risque, selon les mots de Marc Baum, d’être interprété «comme un soutien direct de l’Etat luxembourgeois à l’association philanthropique de la famille grand-ducale». Le gouvernement s’en défend et assure ne pas vouloir s’immiscer dans la gestion courante de la société commerciale.

Pour autant, Yuriko Backes n’a pas manqué de répondre au député de Déi Lénk. La réponse exprime un certain embarras de la ministre de la Mobilité et des Travaux publics, qui a œuvré au service de la Cour lors de précédentes fonctions de maréchale. A ce titre, elle a accompagné la laborieuse réforme de la Maison du Grand-Duc, institution dont elle connaît tous les ressorts …

Sie wollen weiterlesen?
Sichern sie sich jetzt ihr abo