Des employés de Nordea ont été renvoyés pour vols de données en marge de la reprise par UBS. Les accusations se sont révélées infondées. La justice estime que les licenciements pour faute grave cachent l’intention de la banque d’économiser les indemnités de départ.  

Les accusations de vol de fichiers bancaires par un employé de «Nordea Bank» se sont désintégrées à l’issue d’un discret procès correctionnel le 2 mai dernier. Le prévenu a été disculpé. A l’origine des allégations sans fondement, la banque est mise en cause pour avoir cherché à se débarrasser à bon compte de son personnel «dérangeant».

L’affaire confirme la théorie d’une «manigance» ayant permis à Nordea, lors d’un transfert de ses activités de gestion privée vers la banque UBS, de faire l’économie des indemnités de licenciement de certains de ses cadres supérieurs, très bien payés.

Quatre employés de Nordea, renvoyés pour faute grave, ont été au cœur de plaintes de leur employeur et visés par des enquêtes judiciaires pour violation du secret bancaire et vol d’informations confidentielles. Trois d’entre eux ont bénéficié de non-lieux au cours de l’enquête et ont pu ainsi échapper à un procès. En revanche, la procédure pénale a été jusqu’au bout, en audience publique, pour le quatrième homme.

52 fichiers en vadrouille

Pour Catherine Graff, l’avocate de l’employé incriminé, dont les propos sont résumés dans le jugement du 2 mai, «l’ensemble de cette procédure a été orchestré (contre quatre employés, ndlr) de l’établissement financier Nordea Bank S.A., alors que ce dernier ne désirait pas qu’ils soient inclus dans la fusion, mais qu’il aurait été trop coûteux de procéder à leur licenciement».

Six ans après la fermeture de la banque (octobre 2018) et la reprise de ses activités de gestion de fortune par «UBS Europe SE», la justice donne un éclairage des coulisses du transfert. Le basculement de clients de banque privée s’est fait dans l’improvisation. L’opération n’a pas été le succès décrit par les dirigeants de Nordea dans ses documents officiels. Pour UBS non plus, les retombées commerciales n’auraient pas été à la hauteur des attentes.

Cadre de Nordea pendant près de 15 ans à Luxembourg où il a dirigé le conseil en investissement, Anders* a été licencié le 13 octobre 2018 pour faute grave. Dix jours plus tôt, le 3 octobre à 10h52, il aurait transféré sur son adresse mail privée, «gmail.com», des données électroniques de la banque. L’employeur, qui a porté plainte, a évoqué 52 fichiers contenant des informations macro-économiques, des noms, adresses et numéros de comptes de 3.326 clients d’une société tierce et de dix clients de Nordea …