Le régulateur du secteur financier a lourdement sanctionné BGL BNP Paribas. La banque a fermé les yeux sur les transactions douteuses de Riad Salamé, l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Liban. Deux ex-employés de la banque sont visés par une enquête pénale.
«BGL BNP Paribas» paie le prix fort pour son client à haut risque, Riad Salamé. La sanction de 3 millions d’euros infligée à la banque pour non-respect de ses obligations professionnelles en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme est en lien direct avec l’ancien gouverneur de la «Banque du Liban» (BdL), selon les informations de Reporter.lu.
Les accusations sont graves et devraient aussi connaître des prolongements sur le plan pénal. La sanction a été un coup de semonce dans le microcosme financier, l’établissement étant contrôlé à hauteur de 34% par l’Etat luxembourgeois. Trois administrateurs, dont le président Etienne Reuter et le Prince Guillaume, frère du Grand-Duc Henri, représentent l’Etat.
Gilles Roth rassure la classe politique
Face aux remous que l’affaire a provoqués à la Chambre des députés, précisément en raison de l’actionnariat public et du risque de réputation, le ministre des Finances Gilles Roth (CSV) s’est voulu rassurant lors d’une intervention au parlement. Pour lui, la sanction du régulateur est la preuve que le système de détection de l’argent sale a plutôt bien fonctionné. Le ministre s’est aussi réjoui de la bonne collaboration de la banque tout au long de l’enquête administrative, déclenchée il y a trois ans. «BNP Paribas a accompagné l’enquête de la CSSF dans un esprit d’entière coopération. Les constats identifiés par la CSSF ont fait l’objet de réactions immédiates», confirme la banque à Reporter.lu.
Pour autant, l’affaire illustre les tergiversations des dirigeants de la banque à garder – et protéger – un client politiquement très exposé (PEP dans le jargon financier), dont le nom, selon l’ONG «Sherpa», avait déjà circulé dès 2015 à la faveur de fuite de données bancaires de «HSBC» en Suisse, pour ses comptes et investissements offshore, peu compatibles avec son mandat de gouverneur de la BdL.
BGL BNP Paribas (…), à sa connaissance n’est pas visé par l’enquête judiciaire.“Service presse de la banque
En 2020, alors que l’économie libanaise est exsangue, une enquête du consortium de journalistes d’investigation de l’«Organized Crime and Corruption Project» (OCCRP) met en question l’origine de la fortune personnelle de Riad Salamé. Les journalistes émettent des premiers doutes sur un possible détournement de fonds publics et de blanchiment. Le dirigeant et ses proches sont soupçonnés par la presse libanaise d’avoir fait sortir illégalement du Liban 330 millions de dollars, tirés de commissions de la vente d’obligations, d’eurobonds et de certificats de dépôt de la Banque centrale du Liban. Raja, le frère de Salamé, était à la manœuvre dans ces opérations …
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