Victime de viol et d’agression, une jeune fille et ses parents font face à une procédure interminable. L’affaire rend compte des zones grises de la délinquance sexuelle juvénile, en l’absence de droit pénal pour les mineurs. Récit du parcours d’une jeune combattante.
Plus de deux ans après une plainte pour viol, Lili*, aujourd’hui presque 17 ans, trouve insoutenable le temps que prend la justice à jauger la crédibilité de son accusation et à documenter un abus caractérisé. La jeune victime et ses parents ont parfois le sentiment que leur quête de justice et de réparation relève de l’illusoire.
«J’ai l’impression d’avoir porté plainte pour viol pour rien», se désole la jeune fille, dont le nom a été modifié pour garder l’anonymat. Son parcours judiciaire s’apparente à une véritable épreuve de force et de courage. Le passage obligé par le psychologue, mandaté par une juge d’instruction pour la soumettre à des tests psychométriques et un protocole très strict pour évaluer ainsi sa parole, ajoute une couche de blessures au premier traumatisme du viol.
Son cas rend compte des «zones grises» des affaires d’abus sexuels entre mineurs et des oscillations de la sphère judiciaire face au problème de preuve des faits, en l’absence de témoins et de traces physiques, souvent parce que les faits ont été révélés tardivement. Ce qui est le cas de Lili. Elle a attendu presque six mois avant de parler à ses parents de ce qui lui était arrivé puis de saisir la justice.
Deux ans en attente de justice
La question de la preuve du non-consentement est ainsi au cœur de la procédure qui bouleverse la vie de Lili et celle d’une autre adolescente de son âge, comme elle victime présumée du même garçon. Les deux adolescentes ainsi que leur agresseur présumé avaient 14 ans au moment des faits. Les viols allégués se sont produits à peu près dans les mêmes circonstances, à six mois d’intervalle, en août 2023 pour la première victime et en janvier 2024 pour la seconde. Lili ne s’est confiée qu’après les confidences de son amie d’infortune.
Les plaintes auprès de la section de la protection de la jeunesse de la police judiciaire remontent à janvier et février 2024. Leur traitement judiciaire est toujours en cours, sans qu’il y ait, à ce stade, de certitude sur les qualifications pénales qui seront ou non retenues.
J’ai pleuré quand il est passé à l’acte. Il a été violent, m’a tapé et a tenté de m’étrangler. Je me suis sentie physiquement en danger.“La jeune victime
Le peu de remontées d’informations sur l’avancée de la procédure laisse aux victimes et à leurs familles le sentiment que leurs dossiers sont traités avec une certaine dose d’indolence. Leur quête de justice est une course de lenteur, qui met leur patience à l’épreuve …
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