Le Luxembourg a été privé d’un débat public sur une affaire de blanchiment d’argent par un réseau lié à la mafia calabraise. Un des cerveaux du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe a négocié un accord avec le parquet. Les banques s’en sortent presque indemnes.
En Italie, il a été décrit comme «un criminel puissant et inexpugnable», émissaire du crime organisé à Rome et lié à un chef de la mafia calabraise, Roberto Pannunzi, présenté comme le «Pablo Escobar italien». Massimiliano Avesani a porté lui aussi le sobriquet de «Prince» du trafic de drogue derrière sa couverture de respectable patron de chantier naval à Malaga en Espagne. L’homme, qui a aujourd’hui 63 ans et purge déjà une peine de prison jusqu’en 2027, vient d’être jugé avec son épouse pour blanchiment à Luxembourg. La procédure s’est faite dans la plus grande discrétion.
Aux termes d’une enquête judiciaire de dix années et du déploiement d’importants moyens policiers, l’affaire s’est terminée par un jugement sur accord le 15 novembre dernier, sans débat contradictoire, ni déballage public. Or, le cas Avesani aurait sans doute mérité des explications, entre autres, sur le rôle de deux banques, dont la «Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat» (BCEE), qui ont longtemps fermé les yeux sur l’origine de la fortune de ce client pas comme les autres. Près d’un million d’euros a été blanchi à Luxembourg.
Le point de départ de l’enquête luxembourgeoise est une déclaration de soupçon. Le 19 septembre 2014, la «Spuerkeess» saisit la Cellule de renseignement financier (CRF) à propos de son client Massimiliano Avesani. La banque à cent pour cent publique se réfère alors à la base de données «World Check». Il s’agit d’un outil d’analyse de risques, qui documente le curriculum vitae délinquant de son client «qui fait l’objet de mesures policières et judiciaires en tant que suspect appartenant à l’organisation mafieuse ‚’Ndrangheta’». La littérature le concernant est abondante. Les informations remontent bien avant la date de la dénonciation.
Les soupçons tardifs de la «Spuerkeess»
Roberto Saviano, écrivain et journaliste connu pour ses dénonciations des milieux mafieux lui avait consacré quelques pages de son livre d’enquête «Zéro, Zéro, Zéro» paru en 2008 et traduit dans de nombreuses langues par la suite. La presse internationale et les réseaux sociaux se font l’écho de l’arrestation de Massimiliano Avesani à Monaco en 2008, suivie de son extradition en Italie et de sa condamnation en première instance à 20 ans de prison.
Avesani s’évade peu avant l’ouverture de son procès. Il est arrêté plusieurs années plus tard, en 2013, porteur de faux papiers d’identité et incarcéré, d’abord en Italie puis en Espagne, lieu de résidence de sa famille. Le quotidien italien «Il Messaggero», cité par le site «Antimafia Duemila», prête à Avesani, alors résident à Malaga, plaque tournante du trafic de drogue entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine, des liens avec le parrain Roberto Pannunzi: «Le Prince est un riche Romain lié à Pannunzi et à la ’Ndrangheta calabraise». Le journal «La Repubblica» relate aussi son arrestation en mai 2013.
Le jugement du 15 novembre que Reporter.lu a consulté détaille les liens entre la BCEE et «Le Prince» qui y a ouvert deux comptes en juin 1998, au siège Place de Metz: un compte chiffré, dont son épouse fut mandataire, et un compte nominatif pour la location d’un coffre …
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