Ses voitures de luxe et sa relation avec une figure du DP donnaient à ses interlocuteurs l’illusion d’un entrepreneur prospère. Christian V. a emprunté des fonds pour des projets fictifs à Dubaï en marge de l’exposition universelle. Maggy Nagel lui a ouvert son carnet d’adresses.

Son procès devant le tribunal correctionnel en décembre dernier s’est tenu dans la discrétion. Sa condamnation un mois plus tard à 18 mois de prison avec sursis, une peine lourde pour un délit financier, n’a pas provoqué d’éclats médiatiques. Pour autant, l’affaire qui a conduit devant les juges le franco-luxembourgeois Christian V., 64 ans, ne manque pas de sel.

L’avocate de l’entrepreneur consent elle-même à Reporter.lu que la procédure expose des détails «croustillants» impliquant, malgré elle, Maggy Nagel. L’ancienne ministre DP et ex-commissaire générale à l’Exposition universelle de Dubaï (Expo 2020 Dubaï) y apparaît comme une des victimes de l’entrepreneur basé à Mondorf-les-Bains avec lequel elle entretenait des relations cordiales. Ils ont notamment partagé des moments conviviaux à la terrasse d’un magasin de cigares et de rhums cubains de la ville thermale, détenu par le frère du prévenu.

Christian V. a pris la gérance de l’entreprise familiale «Krystalux» en 2016, au décès de son père, jusqu’à sa faillite en mars 2019. Constituée initialement pour la vente de matériel horeca et des services d’intermédiaire dans les services, la société transforme son objet social pour fabriquer et distribuer des produits chimiques, pharmaceutiques et parapharmaceutiques. Le bilan de 2017, dernier à avoir été publié au Registre de Commerce et des Sociétés, montre une perte de 351.000 euros et des réserves de 780.000 euros.

Une route à Dubaï

Les ennuis judiciaires du dirigeant de Krystalux apparaissent en octobre 2018 en raison de son incapacité à rembourser le prêt privé de 1,05 million d’euros qu’un homme d’affaires suisse lui a consenti quatre mois plus tôt.

L’investisseur est séduit par le projet de construction routière entre Dubaï et Abu Dhabi que son emprunteur assure pouvoir réaliser grâce à ses bonnes relations luxembourgeoises. Il se vante aussi d’avoir emporté un juteux contrat en République démocratique du Congo avec la société nationale d’électricité. Il prétend que sa société, dont l’activité reste floue, serait intervenue comme apporteur d’affaires dans un contrat de «jet fuel» à Rotterdam pour la compagnie «Qatar Airways». Le contrat, qui devait lui rapporter 24 millions d’euros, échoue.

C’est un homme agréable, mais un menteur et un manipulateur (…) Je l’ai menacé de porter plainte en diffamation et calomnie.“Maggy Nagel à propos de Christian V.

Les fonds lui sont prêtés par l’homme d’affaires suisse sur trois mois, à 2,5% d’intérêts et prétendument garantis par une hypothèque sur la maison de la mère du prévenu à Remich.

Or, le même immeuble avait déjà été hypothéqué quelques mois plus tôt pour garantir un prêt de 500.000 euros accordé par un ami de Christian V. La seconde hypothèque est un faux, selon l’accusation. Le document a été confectionné avec l’aide d’un comptable et gratifié du cachet d’une notaire. De plus, la maison est la propriété d’une société au Liechtenstein …