«Brasserie nationale» conteste devant le Tribunal de l’UE le contrôle du rachat de «Boissons Heintz». L’enquête de la Commission européenne présente des failles. L’intervention de l’Autorité de la concurrence, sous l’aiguillon du concurrent «AB Inbev», est également lacunaire.
La métaphore du «grand village» que serait l’écosystème luxembourgeois n’a jamais été aussi appropriée dans la procédure qui amène «Brasserie nationale» et sa filiale «Munhowen» devant le tribunal de l’Union européenne. La figure de style a été employée pour sa défense par la PME familiale qui met en cause le contrôle de la Commission européenne sur son rachat de «Boissons Heintz» en janvier 2024.
En initiant un recours afin d’échapper à cette intrusion de l’exécutif européen dans ce qu’il appelle «une misérable concentration de Munhowen et de Heintz», le petit groupe brassicole, 120 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, se met dans une posture de victime d’un coup monté par son concurrent, «Diekirch», propriété de la multinationale de la bière, «AB Inbev», qui brasse elle des milliards d’euros.
La défense de Brasserie nationale veut démontrer que l’ «Autorité de la concurrence – Luxembourg» (ACL), en appelant au secours l’exécutif européen dans ce dossier, a cédé à la pression d’AB Inbev.
Désinvolture des autorités
La procédure de renvoi, une première à Luxembourg, s’est faite avec une certaine désinvolture. Le principe du contradictoire n’a pas été une priorité. Le droit d’être entendu n’a pas toujours été respecté. Les avocats de la marque «Bofferding», la bière la plus vendue au Grand-Duché, révèlent d’importantes lacunes dans la procédure de contrôle de l’opération entre les distributeurs de boissons Munhowen et Heintz. Ces reproches s’adressent autant à l’ACL qu’à la Commission européenne et pourraient valoir une annulation du renvoi par la juridiction européenne.
La menace d’une atteinte significative à la concurrence n’est pas seulement plausible, c’est une réalité.“Karine Veranneman, avocate d’AB Inbev
L’intervention de l’exécutif européen a été demandée après que Munhowen avait racheté 100% des titres de Boissons Heintz. A elles deux, ces entreprises détiennent désormais 84% du marché dans le secteur des cafés et restaurants, selon les chiffres communiqués dans le cadre de la procédure. Les autres opérateurs se partagent les miettes, aucun d’eux n’ayant plus de 5% de parts de marché.
Les accords de distribution exclusive liant les patrons de cafés et de restaurants avec la bière Bofferding et les eaux «Lodyss», les marques phares de Brasserie nationale, aggraveraient la menace sur le marché de la distribution des boissons.
L’enquête est à un stade «très préliminaire», selon l’agent de la Commission européenne qui défend le dossier devant la juridiction européenne. «On ne parle pas encore du fond de l’affaire, ni si la concentration est compatible ou non avec le droit européen …
Déjà abonné? Connectez-vous!

