Pendant plus de 30 ans, il a été l’homme incontournable des cantines scolaires. Persona non grata au ministère de l’Education, Henri Reding a poursuivi ses affaires dans un tiers des communes du pays. Il doit sa longévité à ses solides relais politiques et syndicaux.

L’hebdomadaire «Revue» le présente en 2004 comme le «Monsieur Cantine» des lycées. Mais le fonctionnaire disparait subitement des radars la même année pour réapparaître un an plus tard à Dudelange où il est officiellement en charge des ressources humaines. Henri Reding* vient alors d’échapper à une enquête disciplinaire ouverte par le ministère de l’Education nationale. La procédure s’éteint d’elle-même à la suite de sa démission de la fonction publique étatique. Un audit qui épingle des irrégularités, notamment les prix élevés des repas et la récurrence des mêmes firmes de restauration collective, l’incite à quitter son poste, après des mois de congé de maladie.

Malgré ses ennuis, il ne renonce pas à ses activités commerciales occultes de consultant au service de la restauration scolaire, ce qui vient de lui valoir – comme Reporter.lu l’a rapporté en exclusivité – aux termes d’un jugement sur accord, une condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour corruption, fraude et surfacturation de ses heures de travail. L’enquête judiciaire a révélé un système bien rodé de marchés truqués, de clientélisme et de paiements clandestins au niveau de 35 communes, soit un tiers des communes luxembourgeoises.

Question d’honorabilité

On s’explique mal, sinon par les relais politiques et syndicaux du fonctionnaire, la longévité de ses activités douteuses, qui lui ont rapporté plus de 700.000 euros, et son impunité pendant des décennies. Les enquêteurs ont remonté son parcours entre 1999 et 2017, année où la justice commence à s’intéresser à lui. Les perquisitions dans les communes, les firmes de restauration collective et au domicile du prévenu ont mis à jour des irrégularités systémiques dans la livraison de repas aux écoliers et sa logistique.

En dépit de sa condamnation pénale, qui est définitive, Henri Reding continue d’occuper des postes clefs dans des organisations de jeunesse (Agence du Bénévolat, Jugendinfo, Daachverband vun de Lëtzebuerger Jugendstukturen et Médiation) subventionnées par le gouvernement. Alors qu’il est visé par l’enquête judiciaire et inculpé, l’homme co-signe en octobre 2023 une lettre à l’attention de Luc Frieden (CSV), formateur du gouvernement et futur Premier ministre, pour décliner les revendications des associations de jeunes.

Au prix où les repas étaient facturés, on aurait pu emmener les jeunes manger au restaurant. Il y avait un problème.“Un ancien haut fonctionnaire

L’Eschois Henri Reding, 64 ans aujourd’hui et pensionné, a démarré modestement sa carrière dans la fonction publique. Il est un simple expéditionnaire à la Trésorerie de l’Etat, où il est déjà en charge des cantines, avant de gagner des galons et de basculer au ministère de l’Education nationale, au SPOS, service de psychologie qui gérait alors la restauration des élèves du secondaire.

Embryonnaire à l’époque, le département du ministère se réduit à cinq agents au total. Ils seront une centaine en 2004, lorsque le fonctionnaire d’Etat est contraint de rendre son tablier. Sans en avoir le mandat officiel, Henri Reding s’érige en chef de service …