Le président américain a des ambitions démesurées en matière d’exportation d’hydrocarbures forés sur le sol des Etats-Unis. Et il en fait un levier puissant dans ses négociations commerciales ou géopolitiques avec l’Europe et le reste du monde.

Par Arnaud Leparmentier (Le Monde, 2025)

En conviant Vladimir Poutine en Alaska le 15 août, Donald Trump met le territoire acheté en 1867 à la Russie tsariste sur la carte géopolitique du monde: le détroit de Béring, large de 82 kilomètres, verrouille le passage du Pacifique à l’Arctique, de plus en plus libéré des glaces pour les deux puissances nucléaires. Mais il replace aussi l’Alaska sur la carte mondiale de l’énergie.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump exhorte les entreprises à forer («Drill, baby, drill»). Les prétendues négociations commerciales sont un moyen de tordre le bras aux alliés pour qu’ils achètent du gaz naturel liquéfié américain (GNL, LNG en anglais): 750 milliards de dollars (644 milliards d’euros) sur trois ans pour l’Union européenne (UE) et 100 milliards de dollars pour la Corée du Sud, des quantités non précisées pour le Japon, tandis que Taïwan, les Philippines et le Vietnam se sont dits intéressés par le GNL des Etats-Unis, mais n’ont pas signé d’engagements contraignants.

Ces promesses et ces marques d’intérêt plus ou moins contraintes sont une chose, la réalité sur le terrain en est une autre. La promesse européenne, notamment, est complètement irréaliste, on y reviendra.

D’abord, pour acheter du gaz naturel, deux routes sont possibles: le golfe du Mexique, d’où partent actuellement les méthaniers alimentés en gaz de schiste texan en direction de l’Europe. Mais cette provenance est très distante pour les Asiatiques, puisqu’il faut descendre sous les tropiques pour franchir le coûteux canal de Panama puis traverser le Pacifique.

Dans les intempéries

La solution idéale sur le papier serait de s’approvisionner en Alaska, sur le Pacifique, à Nikiski, dans la péninsule de Kenai, au sud d’Anchorage: le port, qui exploitait et compressait pour les Japonais depuis les années 1970 un gisement aujourd’hui épuisé, serait desservi par un gazoduc venu des plaines pétrolifères de l’Arctique. Le délai pour rejoindre le Japon passerait à huit jours, contre une période comprise entre trois semaines et un mois, selon l’encombrement du canal de Panama, rapporte le New York Times. Sauf qu’il faut construire dans les intempéries et à travers le permafrost le conduit high-tech long de 1.300 kilomètres: coût estimé à 44 milliards de dollars.

Donald Trump en a parlé lors de sa première allocution devant le Congrès, le 4 mars 2025. «Mon administration travaille sur un gigantesque gazoduc en Alaska, l’un des plus grands au monde, avec lequel le Japon, la Corée du Sud et d’autres pays souhaitent s’associer en investissant des milliers de milliards de dollars chacun. Il n’y a jamais rien eu de tel. Ce sera vraiment spectaculaire. Tout est prêt à démarrer. Les permis sont obtenus», avait déclaré le président, qui avait, dès le 20 janvier, signé un décret présidentiel ordonnant l’exploitation du sous-sol de l’Alaska et revenant sur des interdictions signées par son prédécesseur, Joe Biden.

En concluant fin juillet son accord de libre-échange avec le Japon, Donald Trump expliquait à des parlementaires américains, selon des propos rapportés par le Wall Street Journal, que le gouvernement japonais entrerait dans une coentreprise pour exploiter le GNL d’Alaska.

Rien n’est fait. Une enquête du Financial Times (FT) publiée le 4 août, révèle le peu d’appétit des Asiatiques…