L’attaque américano-israélienne en Iran a jeté le Moyen-Orient dans le chaos. Et avec lui tout le monde. Du blocage du détroit d’Ormuz aux envolées du prix du pétrole et du gaz, en passant par le profit fait par le Kremlin: chronologie d’une crise économique inédite.

Par Julien Bouissou, Nicolas Chapuis, Denis Cosnard, Sacha Leclère, Virginie Malingre, Benjamin Quénelle, Harold Thibault et Marie de Vergès (Le Monde, 2026)

En cette fin février, le pétrole coule à flots sur les marchés. Depuis des mois, l’offre d’or noir dépasse la demande et tire les prix du baril vers le bas. Quelques secousses agitent bien les cours du brent alors que les Etats-Unis déploient une armada navale et aérienne aux abords du golfe Arabo-Persique, menaçant l’Iran d’une intervention militaire. La zone est critique pour le commerce mondial du pétrole et du gaz, dont d’immenses volumes transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz. Mais jusqu’alors, dans l’histoire moderne, jamais ce passage étroit entre l’Iran et Oman, principale voie d’exportation pour tous les grands producteurs du Golfe, n’a été complètement fermé.

Washington balaie les craintes des opérateurs. «Le monde est très bien approvisionné en pétrole à l’heure actuelle», affirmait, le 6 février, le secrétaire à l’énergie américain, Chris Wright. De quoi donner plus de marge de manœuvre au président Donald Trump, estime-t-il, sans avoir à «s’inquiéter d’une flambée folle des prix du pétrole». C’était il y a un mois, une éternité.

28 février: le détroit d’Ormuz se referme

Fermé ou pas? Samedi 28 février, quelques heures après les premiers bombardements américano-israéliens en Iran, la confusion est à son comble. Des messages radio à l’origine floue circulent parmi les navires postés à proximité du détroit d’Ormuz: le régime iranien entendrait bloquer le trafic qui passe par cette étroite voie navigable, reliant les monarchies pétrolières et gazières du Golfe à l’océan Indien, et donc à leurs principaux marchés en Asie. Un goulet maritime par lequel transitent chaque jour quelque 20 millions de barils, de brut ou de produits raffinés. Soit un cinquième de la production mondiale d’or noir, et des volumes tout aussi considérables pour le gaz naturel liquéfié (GNL).

Aucune annonce officielle de Téhéran ne confirme toutefois ce que les opérateurs identifient depuis des semaines comme le scénario du pire. Et l’on tente de se rassurer: l’Iran dépend aussi du détroit pour ses exportations. Le verrouiller irait contre ses intérêts. Pourtant, une réalité s’impose vite sur les eaux. Tout bateau essayant d’emprunter ce passage, large d’à peine 29 milles marins (54 kilomètres) à son point le plus resserré, se retrouve exposé aux tirs de drones et de missiles des forces iraniennes …