Le Luxembourg cherche des moyens de sortir de la crise. Pourtant, une grande partie de l’électorat n’en sera guère affectée. Les privilèges des fonctionnaires restent un sujet politiquement tabou. Cela montre clairement les limites du modèle luxembourgeois. Une analyse.

On ne sait pas encore exactement de quoi le gouvernement souhaite discuter avec les partenaires sociaux lors de la première phase des négociations en forme tripartite. On peut toutefois déjà deviner ce qui ne fera pas l’objet de discussions. Dès la fin avril, le président de la CGFP, Romain Wolff, avait demandé que les négociations se limitent aux conséquences de la crise énergétique. Il a laissé sous-entendu ce qui allait de soi: toute discussion sur les privilèges de la fonction publique est hors de question. Crise ou pas.

Pour rappel: ces dernières années, les coûts salariaux de l’Etat central ont plus que doublé. A cela s’ajoute le fait que le nombre de fonctionnaires a augmenté bien plus fortement que celui du reste de la population. Entre 2016 et 2024, les postes à temps plein au sein de l’Etat central ont augmenté de 42%. Au cours de la même période, les coûts salariaux ont grimpé de 111%. Le Luxembourg dépense désormais environ dix milliards d’euros par an rien que pour sa fonction publique. Le gouvernement lui-même a souligné la forte augmentation des coûts de personnel dans son projet de budget. Peu après, le ministère des Finances de Gilles Roth (CSV) a donné pour instruction aux administrations par circulaire de limiter leur politique de recrutement cette année au strict nécessaire.

Mais cela se concrétisera-t-il vraiment? Et, si oui, cela suffira-t-il?

Le credo de la politique luxembourgeoise

Le fait que Romain Wolff n’ait même pas eu besoin d’évoquer les coûts de l’administration publique témoigne de la puissance de la CGFP. Critiquer ouvertement la dérive des coûts et l’augmentation constante des effectifs de la fonction publique au Luxembourg revient tout simplement à un suicide politique. Après tout, la fonction publique représente plus de la moitié de l’électorat. A l’heure actuelle, 54,3% des Luxembourgeois y travaillent. Pour remporter des élections, il faut s’attirer les faveurs des fonctionnaires. Même si cette phrase n’a pas été inscrite dans la Constitution, elle passerait sans peine pour un dogme de la vie politique luxembourgeoise.

Le tabou de la critique de la fonction publique devient de plus en plus un angle mort du dialogue social – et, au-delà, de l’ensemble du discours politique. Plus le fossé entre le secteur privé et la fonction publique se creuse, plus les appels politiques à la cohésion sociale, à la solidarité et à la recherche du consensus sonnent creux. Quiconque s’oppose à une augmentation du salaire minimum tout en approuvant sans faire de bruit des hausses de salaire dans la fonction publique contribue inévitablement à la division de la société.

Le Luxembourg se trouve peut-être actuellement au début de l’une de ses crises les plus graves depuis la crise de la sidérurgie dans les années 1970. L’économie stagne, la crise immobilière est loin d’être surmontée et le chômage ne cesse d’augmenter. Et cela, notons-le bien, avant même que les conséquences de la guerre en Iran ne se répercutent pleinement sur l’économie.

Qu’est-ce que cela signifie pour une grande partie des électeurs? Parfois, ils ne s’en rendent tout simplement pas compte …