Après deux ans de laxisme budgétaire, le gouvernement se met à faire des économies. Dans une note interne, le ministre des Finances demande un contrôle strict des dépenses, freine les embauches dans la fonction publique et renforce ainsi surtout son propre pouvoir.
«Ce budget reflète une politique volontariste, anticyclique et axée sur la croissance commune», a dit Gilles Roth en octobre dernier lors de la présentation du budget 2026 au Parlement. Dans son discours, le ministre des Finances a livré une performance de jonglage rhétorique. Il a justifié les baisses d’impôts et l’augmentation des dépenses publiques, même si celles-ci ne font qu’aggraver le déficit budgétaire. Le ministre du CSV a certes mis en garde: «Oui, 2026 sera probablement une année difficile.» Mais il a finalement assuré: «Nous poursuivrons la politique menée ces dernières années.»
Cette politique se résume à la devise «plus avec plus»: Plus de pouvoir d’achat, plus de salaire net, plus de dépenses, plus de dettes. Depuis plus de deux ans, le CSV et le DP dépensent sans compter l’argent des contribuables et gouvernent comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ils justifient sans cesse leur politique par l’espoir que l’économie rebondira un jour grâce à leurs mesures «anticycliques». Et tous les autres problèmes devraient alors se résoudre d’eux-mêmes, comme l’a récemment affirmé le Premier ministre Luc Frieden (CSV).
Gilles Roth réapprend à tenir un budget
Mais en coulisses, un changement de cap est en train de s’opérer. Dans une communication interne, le ministre des Finances adopte en effet une nouvelle tonalité. Dans la «Lettre circulaire aux départements ministériels» du 4 février 2026, dont dispose Reporter.lu, Gilles Roth a mis en place une nouvelle méthode pour établir le budget de l’Etat, que tous les ministères sont tenus d’adopter. Le ministre insiste sur une «priorisation absolue et stricte maîtrise des dépenses», de la part des différentes administrations publiques.
Selon les infos de Reporter.lu, la «Lettre circulaire» signée par le ministre des Finances est toutefois considérée dans certains ministères non seulement comme un ajustement technique, mais aussi comme une réorientation politique. C’est ce qu’indique par exemple la phrase suivante : «Après une année 2025 marquée par une politique contracyclique, l’exercice 2026 doit permettre de récolter les bénéfices des mesures engagées depuis 2023, en renforçant la solidité les finances publiques tout en poursuivant la réalisation des projets politiques prioritaires.»
Le ministre des Finances est confiant quant à la mise en œuvre des directives adoptées par tous les ministères.»Ministère des Finances
Pour atteindre cet objectif, les ministères doivent «justifier chaque euro dépensé selon les besoins réels». Cette formulation se retrouve certes aussi dans des circulaires précédentes. Mais cette fois-ci, elle est davantage soulignée et accompagnée d’autres contraintes budgétaires. Il s’agit notamment du principe de compensation, selon lequel les nouvelles dépenses des ministères doivent être contrebalancées par des économies ou des rééquilibrages ailleurs.
Autre ajustement: les ministères doivent soumettre leurs projets pour le prochain exercice budgétaire au Conseil de gouvernement pour discussion beaucoup plus à l’avance. Cette mesure est explicitement qualifiée de «nouveauté» dans le document. Selon celui-ci, les priorités budgétaires doivent être fixées par le cabinet dès le mois de juillet. Jusqu’à présent, cela ne se faisait qu’à l’automne, lors de négociations bilatérales avec le ministère des Finances. Certains ministres pourraient ainsi perdre une partie de leur autonomie dans l’élaboration de leur budget. En contrepartie, le ministre des Finances, qui est déjà en charge du budget de l’Etat, devrait voir son influence augmenter …
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