L’État doit s’endetter pour que le modèle luxembourgeois ne risque pas de vaciller. Au lieu de reconnaître ouvertement cette réalité, le ministre des Finances donne une image embellie de la situation budgétaire. Or, il serait grand temps de dire toute la vérité aux citoyens. Analyse.

Comme il est bon de ne pas savoir qui finira par payer la note! C’est en substance le message que le ministre des Finances a délivré mercredi dernier lors de la présentation du projet de budget 2027. Le discours de Gilles Roth (CSV) ressemblait moins à une intervention devant un public averti qu’à une séance de contes sur la politique budgétaire. À l’aide de mots mélodieux, il a justifié la ligne de conduite du gouvernement, évité soigneusement les mauvaises nouvelles et fini par minimiser la situation des finances publiques, loin d’être rose.

En somme, Gilles Roth n’a pas osé révéler toute la vérité au peuple. Comme si son public était composé exclusivement de petits enfants, il a tenté de préserver l’image d’un monde idéal, où le pays semble pouvoir s’offrir tout ce qu’il désire. Un modèle économique qui échapperait à toutes les incertitudes du reste du monde. Et un gouvernement qui tente de persuader les citoyens qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter, car le Luxembourg serait le seul pays de cet univers où les arbres poussent bel et bien vers le ciel.

Les demi-vérités du ministre

Le ministre a toutefois exprimé certaines nuances. Évoquant les prévisions de croissance faibles, il a rappelé qu’elles avaient d’ailleurs été revues à la baisse une nouvelle fois pour ce budget. Le budget prévoit une croissance de 1,2% pour l’année en cours et de 1,9% pour 2027. Ces deux prévisions sont nettement inférieures à la moyenne de 2,8% enregistrée au cours des 30 dernières années, a souligné Gilles Roth.

Mais qu’en conclut-on? On ne le sait pas. En effet, le ministre des Finances se contente d’abord de dresser ce diagnostic. Il n’a pas énoncé la vérité qui s’imposait: ces chiffres de croissance ne permettent pas de financer le modèle social luxembourgeois. Cela lui a ainsi évité d’avoir à indiquer à son auditoire ce que le gouvernement compte faire face à ces sombres perspectives ou s’il est au moins préparé en cas de scénario catastrophe.

Gilles Roth a préféré parler de manière abstraite de «périodes d’incertitude». La réponse du gouvernement est désormais bien connue: «Nous investissons, nous baissons les impôts, nous renforçons le pouvoir d’achat, nous soutenons les entreprises.» Le ministre a toutefois renoncé à la devise vide de sens de la coalition CSV-DP: «Renforcer le Luxembourg pour l’avenir.» Gilles Roth a préféré déclarer: «Il s’agit d’une politique anticyclique.» Or, «anticyclique» ne se traduit que par «favorable aux gens» et «favorable à la relance».

Alors que la coalition CSV-DP excluait encore des postes importants de la planification financière pluriannuelle des budgets précédents, elle doit désormais – même si c’est à contrecœur et de façon progressive – révéler les véritables coûts de sa politique.»

À ce stade, il apparaissait très clairement que le ministre des Finances n’accordait pas une grande confiance intellectuelle à son auditoire. Au lieu d’expliquer objectivement aux citoyens que l’État est particulièrement sollicité en période de faible croissance économique pour amortir les fluctuations conjoncturelles, mais que cela entraîne inévitablement de nouvelles dettes et des déficits persistants, il a réduit son message au slogan simpliste de son discours: le gouvernement mène une politique «pour les gens» et «pour la reprise».

À d’autres moments de son discours, le ministre des Finances s’est également exprimé comme s’il lisait une histoire pour endormir un petit enfant incapable de comprendre les rouages de ce monde. Comme s’il préférait épargner la vérité, parfois amère, aux électeurs majeurs également. Pour l’orateur, c’est sans doute la leçon de l’histoire qui comptait: le danger du mal a été écarté – ou du moins, il est encore bien loin du royaume féerique luxembourgeois. Les héros en noir et bleu ont triomphé, ou du moins ils se sont accordé un délai d’une année supplémentaire grâce à des astuces budgétaires originales.

Déficits et autres jeux de chiffres

Parmi les astuces les plus évidentes, on ne trouve pas seulement la dissimulation, mais aussi, en quelque sorte, le renvoi des vérités. Dès l’évaluation du budget de l’État pour 2026, le Conseil national des finances publiques avait notamment critiqué le fait que le ministère des Finances ait maquillé son budget. En particulier, il n’avait pas intégré l’augmentation annuelle des dépenses consacrées à la défense, ni les coûts de la réforme fiscale prévue pour 2028, dans la planification financière pour 2025-2029.

Pour le budget 2027 également, le gouvernement joue non seulement avec les mots, mais aussi avec les chiffres. Dans son discours, le ministre des Finances a par exemple qualifié les 570 millions d’euros manquants dans le budget des administrations publiques (comprenant les communes et la sécurité sociale) de «léger déficit». Concernant l’État central, il s’est contenté de parler de «1,9% du PIB» et d’un «déficit maîtrisé» …