La coalition CSV-DP s’est engagée à mener une politique budgétaire responsable. La réalité est bien différente: les déficits structurels et une croissance de la dette réduisent la marge de manœuvre d’un gouvernement qui risque de devoir passer en mode de crise d’ici peu.

«Même si je suis ministre des Finances et du Budget, je pense qu’il faut parfois serrer les dents.» C’est ce qu’a déclaré Gilles Roth il y a quelques jours en marge du congrès de son parti CSV à Ettelbruck. La stabilité politique et la cohésion sociale seraient plus importantes qu’un poste budgétaire isolé, telle est la conclusion du ministre des Finances. En cas de doute, l’Etat devrait alors contracter de nouvelles dettes pour aider le pays et les citoyens à traverser la crise.

Ce que Gilles Roth ne dit pas ouvertement, c’est qu’il n’y a actuellement quasiment pas d’autre possibilité, car le budget ne laisse pas de marge de manœuvre. En effet, avant même l’escalade au Moyen-Orient, le budget de l’Etat affichait déjà un déficit structurel. Et la planification financière pluriannuelle du gouvernement n’offre guère de raisons d’être rassuré – bien au contraire.

Lors de la formation de la coalition, le CSV et le DP avaient promis une politique d’endettement responsable dans leur programme. Pourtant, depuis leur entrée en fonction, ils gouvernent comme s’il n’y avait plus de lendemain. En raison de leur politique résolument «anticyclique», la dette continue d’augmenter. Tant la Cour des comptes que la Banque centrale ont déjà souligné l’année dernière le poids croissant de la dette publique, qui pourrait devenir de plus en plus critique dans les années à venir.

733 millions d’euros – rien que pour les intérêts

Ainsi, dans son rapport sur la planification financière pluriannuelle du gouvernement, la Cour des comptes constate sans détour que le déficit de l’Etat central (c’est-à-dire hors budgets des communes et des assurances sociales) s’élèvera à environ 1,5 milliard d’euros par an jusqu’en 2029. Au niveau de l’Etat dans son ensemble également, les perspectives sont au rouge vif à court et moyen terme.

Et cela sans même tenir compte des 800 millions d’euros supplémentaires que l’individualisation prévue du système fiscal coûterait chaque année. Ces pertes de recettes sont tout simplement absentes des projections du gouvernement. On y cherche également en vain les dépenses supplémentaires en matière de défense, qui, selon le Conseil national des finances publiques (CNFP), devraient s’élever à environ 880 millions d’euros par an d’ici 2029. Si l’on tient compte de tous ces éléments, le déficit total s’élèverait, selon le CNFP, à près de trois milliards d’euros dès 2029 – soit près du double des 1,5 milliard sur lesquels le gouvernement se base officiellement.

Or, le déficit budgétaire actuel est déjà financé exclusivement par de nouvelles dettes, souligne la Cour des comptes dans son avis. Le ministère des Finances a donc prévu, par mesure de précaution, un besoin de financement supplémentaire de six milliards d’euros dans son plan pluriannuel jusqu’en 2029. De plus, les dettes contractées en période de taux d’intérêt bas, par exemple pendant la pandémie, devront être refinancées à des taux d’intérêt plus élevés dans les années à venir, indique la Cour des comptes.

La Cour des comptes table ainsi sur un nouvel endettement net pouvant atteindre trois milliards d’euros par an. Parallèlement, la charge d’intérêts augmentera considérablement dans les années à venir. Alors que l’Etat ne devait prévoir que 265 millions d’euros en 2024 pour honorer les intérêts de la dette, le ministère des Finances table déjà sur 733 millions d’euros pour 2029. Ce montant dépasse, par exemple, le budget total du ministère du Logement, qui s’élève à environ 550 millions d’euros pour 2026 …