Le gouvernement prévoit de nouveaux allègements fiscaux pour les entreprises en 2027 et dit que ceux-ci devraient s’autofinancer. En plus de la logique douteuse derrière cette décision, elle comporte aussi des risques à long terme pour le budget public déjà déficitaire.
«Une baisse des impôts ne veut pas dire forcément moins de recettes. Les chiffres des deux dernières années montrent que le montant de l’impôt sur les sociétés a augmenté», a dit le Premier ministre Luc Frieden (CSV) au Parlement mi-février. Il a également réitéré la volonté du gouvernement de réduire à nouveau les impôts des entreprises en 2027. Comme en 2025, ce qui aurait constitué une première étape couronnée de succès. Le Premier ministre a ainsi ressorti l’un de ses arguments classiques de campagne électorale: car selon lui, les baisses d’impôts se financeraient d’elles-mêmes.
Alors que Luc Frieden appliquait généralement cette théorie aux impôts des ménages, il l’a désormais étendue aux entreprises. Il répondait ainsi à une question de la députée Sam Tanson (Déi Gréng), qui s’inquiétait des conséquences d’une baisse de l’impôt sur les sociétés sur le budget de l’Etat. «On ne devrait pas renoncer à des recettes. Dans des moments compliqués comme ceux-ci, on devrait bien réfléchir à la façon dont on gère les finances», a-t-elle souligné. Une semaine avant, lors de la présentation des derniers chiffres, le ministre des Finances Gilles Roth (CSV) s’était d’ailleurs exprimé avec prudence sur une telle réforme, selon la députée.
Les arguments avec lesquels le chef du gouvernement a balayé les inquiétudes de l’ancienne ministre sont toutefois très discutables. Les députés de Déi Gréng ont alors demandé au ministre des Finances d’expliquer en détail, lors d’une réunion de la commission parlementaire, les répercussions de la baisse de l’impôt sur les sociétés prévue pour 2025. Mais il est déjà clair que toutes les autorités publiques qui se penchent sur la question contredisent la théorie de Luc Frieden.
Un boom avec une date d’expiration
Les arguments justifiant la nécessité d’une nouvelle baisse sont également très faibles. À première vue, les chiffres semblent donner raison à Luc Frieden. En 2025, les entreprises ont payé 3,6 milliards d’euros d’impôts sur les sociétés. C’était une augmentation de près de 8% par rapport à 2024, malgré la baisse d’impôts qui était entrée en vigueur. Or, 2024 était déjà une année exceptionnelle, marquée par une hausse d’un tiers des recettes fiscales provenant des sociétés par rapport à l’année précédente. Dans le premier budget de leur mandat, le CSV et le DP avaient prévu 1,9 milliard d’euros d’impôts sur les sociétés pour 2025, mais au final, ce chiffre a augmenté de 85%.
Une chose est incontestable: les impôts sur les sociétés sont en plein boom. Mais quel est le rapport avec la baisse d’impôts de 2025 dont Luc Frieden est si fier? Il souligne que ça a stimulé l’activité économique et donc augmenté les recettes fiscales. Comme il avait déjà résumé sa conviction dans une interview accordée à Reporter.lu en 2024: «Je maintiens que moins d’impôts et plus de pouvoir d’achat conduisent à une nouvelle activité qui renforce durablement l’économie et donc aussi les sources de revenus de l’Etat.» Selon le Premier ministre, cette «théorie» se base «sur l’expérience acquise par le Luxembourg et ses gouvernements dans le passé».
Une nouvelle baisse du taux d’imposition global des sociétés, telle qu’envisagée par le gouvernement, pourrait peser sur les recettes.»La BCL dans son avis sur le budget
En ce qui concerne la récente augmentation des recettes fiscales des entreprises, c’est toutefois faux. La raison tient à la manière dont les entreprises paient leurs impôts. En effet, les entreprises versent des acomptes au cours de l’exercice concerné, mais il faut jusqu’à sept ans pour que leur charge fiscale soit définitivement fixée …
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