Le discours de Marco Rubio à la Conférence sur la sécurité de Munich était très attendu. Si le secrétaire d’Etat américain s’est montré, dans le ton, moins agressif vis-à-vis de l’Europe que son vice-président J. D. Vance, un an auparavant, le fond du discours n’a guère changé.

Par Sylvie Kauffmann (Le Monde, 2026)

L’ovation debout qui a salué le discours pourtant offensif du secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, samedi dernier à la Conférence sur la sécurité de Munich, n’a pas fait long feu. Assez vite, il est apparu que l’hommage ne faisait pas l’unanimité. Dimanche matin, dernière journée de la conférence que la plupart des Américains avaient désertée pour rentrer chez eux, les langues se déliaient et le doute émergeait sur ce qui apparaît comme une nouvelle étape dans la rupture transatlantique: une tentative d’apaisement, au moins temporaire, sans que rien n’ait changé sur les divergences de fond.

Détail révélateur de l’envie, à Munich, de croire à cet apaisement: ce sont trois dirigeants allemands, Boris Pistorius, le ministre de la Défense, Johann Wadephul, celui des Affaires étrangères, et Markus Söder, le ministre-président de Bavière, qui, placés au premier rang, ont donné le signal de la standing ovation en se levant, après s’être concertés d’un signe de tête, dès la fin du discours de Marco Rubio. Le réflexe a suivi: derrière eux, la majorité de l’assistance, où une quarantaine d’élus et de responsables américains côtoyaient l’establishment européen de la défense et de la diplomatie, traditionnellement atlantiste, s’est levée.

Il ne restait plus au président de la conférence, Wolfgang Ischinger, qu’à saluer ce «soupir de soulagement» après le discours de Marco Rubio, au ton moins menaçant que celui du vice-président, J. D. Vance, qui, dans la même enceinte en 2025, avait marqué le début de la rupture entre l’Europe et l’Amérique trumpiste. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite «très rassurée»: «d’autres au sein de cette administration ont un ton beaucoup plus dur», a-t-elle observé.

Rassurer et accabler

Car c’est bien sur le ton que portait la différence. Le message de Marco Rubio comportait en réalité deux parties. La première, celle qui a «rassuré», affirme la permanence d’un lien transatlantique façonné par l’histoire et l’héritage culturel. Le chef de la diplomatie américaine a préféré citer la bière allemande, Beethoven et les Beatles plutôt que les Lumières, mais il a dit ce que cette assemblée voulait entendre: «La fin de l’ère transatlantique n’est ni notre but ni notre souhait. Nous serons toujours des enfants de l’Europe.»

L’autre partie du message, aux accents messianiques, est un parfait reflet de l’idéologie MAGA (Make America Great Again), énumérant les maux qui accablent l’Europe, du «culte du climat» à l’«immigration de masse», avec un éloge marqué de la chrétienté, et invitant les Européens à s’associer aux efforts du président Donald Trump de redressement de la «civilisation occidentale» …