Le pourtour méditerranéen subit une nouvelle vague de canicules et d’incendies d’ampleur. Les pays touchés – l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie et la Turquie – peinent à affronter les conséquences de ces événements intenses. Décryptage.

Par Matthieu Goar, Sandrine Morel, Céline Pierre-Magnani et Marina Rafenberg (Le Monde, 2025)

A Tarifa, en Espagne, des milliers de vacanciers évacués et des habitants confinés. En Grèce, le Péloponnèse, les îles de Chios et de Zante en proie aux flammes. Au Portugal, un gouvernement contraint de restreindre l’accès aux zones forestières et d’interdire l’usage du matériel agricole. Dans les Balkans, des panaches de fumée visibles au-dessus du Montenegro et de l’Albanie. En France, 16.000 hectares calcinés dans l’Aude dans un incendie longtemps incontrôlable et le seuil de 40°C franchi dans des dizaines de communes. Seize villes italiennes, dont Rome et Venise, en alerte rouge à cause de la chaleur. La ligne ferroviaire Madrid-Valence bloquée, des trains Intercités arrêtés en France à cause d’une climatisation défaillante …

Depuis une semaine, les pays du sud de l’Europe et les régions du pourtour méditerranéen subissent une nouvelle vague de chaleur très sévère et doivent affronter les conséquences de cet événement extrême, intensifié par le réchauffement climatique d’origine humaine. Dans de nombreuses zones géographiques, les températures ont été accablantes: 45,5°C à Badajoz, dans le sud-ouest de l’Espagne, le 12 août, et plus de 40°C en Cantabrie, une région pourtant septentrionale. Des vents supérieurs à 80 km/h transportant un air à plus de 40°C ont soufflé sur une partie de la Grèce.

Cette nouvelle canicule, très étendue à cause d’un immense blocage anticyclonique combiné à un flux de masse d’air venant d’Afrique, a succédé à une première vague de chaleur, fin juin, et à une autre, fin juillet, sur l’Italie et les Balkans. Juste au-delà des confins de l’Europe géographique, à Silopi, dans le sud-est de la Turquie, le thermomètre est même monté jusqu’à 50,5°C, le 26 juillet.

«A cause du réchauffement climatique, de nombreuses vagues de chaleur, notamment celle de ce mois d’août, ressemblent de plus en plus à celle de 2003 qui était à l’époque un ovni météorologique. Mais ce type d’événement est beaucoup moins exceptionnel, et on observe des épisodes presque tous les ans et même plusieurs fois par an, constate Aurélien Ribes, chercheur à Météo-France au Centre national de recherches météorologiques. Ces épisodes illustrent l’inadaptation de nos sociétés dans de nombreux secteurs, les transports, le bâtiment, le tourisme. Chaque été nous rappelle maintenant l’urgence de réfléchir collectivement à cette question…»

Foyers attisés par les vents violents

Conséquence la plus immédiate de cet été brûlant, la multiplication et la puissance des incendies. Confrontée à une canicule qui s’étire depuis le 3 août, l’Espagne a vu, ces derniers jours, 110.000 hectares partir en fumée. Entre la province de Zamora, en Castille-et-Léon – 39.000 hectares y sont toujours menacés par les flammes, sans doute dans le plus grand incendie jamais enregistré dans le pays –, celle de Léon et celle d’Orense, en Galice, où plus de 13.000 hectares ont été calcinés, un triangle infernal de feu et de destruction s’est abattu sur le nord-ouest du pays …