Les deux principaux médicaments visant à réduire l’obésité sont désormais remboursés sous conditions en France. Une nouvelle étape dans la conquête de ce marché par les géants pharmaceutiques Novo Nordisk et Eli Lilly, engagés dans une bataille mondiale.

Par Zeliha Chaffin (Le Monde, 2026)

Les kilos fondent, les tailles s’amincissent, et les milliards s’empilent chez Novo Nordisk et Eli Lilly. Un siècle après avoir bâti un empire grâce à l’insuline, les frères ennemis du diabète rééditent l’exploit à l’origine de leur fortune en édifiant, pratiquement ex nihilo, un nouveau royaume. En quelques années, les deux groupes ont transformé le marché des médicaments contre l’obésité, jusqu’alors marqué par les déconvenues et les scandales, en l’un des filons les plus prometteurs de l’histoire de l’industrie pharmaceutique.

Selon les prévisions des analystes, les ventes annuelles mondiales de traitements amincissants pourraient ainsi atteindre plus de 100 milliards de dollars (86 milliards d’euros) dès 2030. D’ores et déjà, Novo Nordisk, qui fut le premier, avec le lancement du Wegovy en 2021, à rencontrer le succès sur ce marché, engrange des revenus colossaux. En 2025, le champion danois, qui s’enorgueillissait d’être le «leader mondial» avec une part de marché, en volumes, de 59,6%, affichait dans ce domaine un chiffre d’affaires de 82,4 milliards de couronnes danoises, soit environ 11 milliards d’euros. Une progression fulgurante en comparaison avec 5,6 milliards de couronnes danoises de ventes enregistrées sur ce segment cinq ans plus tôt grâce aux revenus du Saxenda, son seul traitement commercialisé à l’époque dans la perte de poids.

Son concurrent, l’américain Eli Lilly, arrivé sur ce segment en 2023 avec le Mounjaro, n’a rien à lui envier. Fin 2025, les ventes de son produit antiobésité, rien qu’aux Etats-Unis, ont presque triplé de valeur, grimpant de 4,9 à 13,5 milliards de dollars. Cette performance a valu au laboratoire de franchir un cap inédit: il est devenu, en 2025, le seul fabricant de médicaments à dépasser 1.000 milliards de dollars de valorisation en Bourse, une performance rare qui, jusqu’à présent, était l’apanage d’une poignée de géants de la tech …