La France s’apprête à accueillir un procès de grande envergure visant la mafia corse. 27 prévenus liés à un gang connu sous le nom du «Petit Bar» devront s’expliquer en justice. L’enquête a mis à jour des circuits de blanchiment présumés passant par le Luxembourg.
Des vrombissements et des bruits d’élastique enregistrés par des micros placés au domicile parisien de Jacques Santoni, le principal suspect dans l’affaire, marquent le début d’une des plus vastes enquêtes menées par la justice française contre la mafia corse depuis des décennies. Les vrombissements correspondaient à des compteurs de billets, les élastiques aux liasses qui en sortaient.
Depuis 2018 et après une tentative d’assassinat contre leur concurrent Guy Orsoni, les enquêteurs essayaient de faire tomber le soi-disant gang du «Petit Bar» – nom d’un café à Ajaccio que les principaux suspects fréquentaient. Les policiers n’ont pas toujours rencontré le succès. En 2020, un premier coup de filet tourne mal: Une taupe dans la police avait prévenu les principaux suspects qui avaient eu le temps de disparaître avant que les agents ne frappent à leurs portes.
Après cet échec, les enquêteurs français ont changé de tactique et se sont mis à frapper les mafieux présumés au portefeuille. Ils ont découvert plusieurs systèmes de blanchiment plus ou moins complexes. Ces circuits financiers seraient passés par la France, la Suisse, Singapour et Hong-Kong, mais également par Luxembourg. En tout, quelque 48 millions d’euros auraient été blanchis selon la justice française. Sont évoqués des projets immobiliers avec des flux financiers intransparents et du trafic de stupéfiants.
Casinos et soupçons de blanchiment
Trois des prévenus détiennent des sociétés au Luxembourg. Il y a d’abord Stéphane Francisci – cousin de Jacques Santoni – qui était le bénéficiaire effectif de deux d’entre elles. Dans la procédure, il est accusé de blanchiment aggravé de produits de trafic de stupéfiants et de fraude fiscale.
Une de ses sociétés, la «Sodetim», est historique, car fondée déjà en 1996. La holding détient la majorité des parts d’une société marocaine qui exploite un Casino à Agadir. L’ordonnance des juges d’instruction que Reporter.lu a pu consulter partiellement estime que Stéphane Francisci «avait de nombreux contacts dans le monde des jeux» et qu’il était familier des milieux de blanchiment chinois autour du CIFA, un grand centre de grossistes de mode à Aubervilliers.
Pourtant, dans son interrogatoire, Stéphane Francisci indiquait qu’il était employé par ce même casino en tant que directeur des relations publiques en 2020. S’il a avoué aux enquêteurs être le bénéficiaire à 90% de la Sodetim, le reste appartenant à son père, cela ne se reflète pas au Registre des bénéficiaires effectifs, qui indique que 100% lui appartiennent. En tout cas, son avocat luxembourgeois a dénoncé la convention de domiciliation en 2022.
C’est un peu comme si on accusait le grand-père quand c’est le petit-fils qui a fait une gaffe.“Michaël Dandois, administrateur de sociétés d’un des inculpés
Son autre société reflète aussi le monde du jeu. Immatriculée en 2012 sous le nom de «Duce», elle détient des parts d’une société de Casino à Barcelone. Il semble que Stéphane Francisci aurait voulu, du moins au départ, rester anonyme. Au Registre de commerce, l’associé nommé en 2012 est une société fiduciaire panaméenne: «Hyperion Consultants». Celle-ci apparaît dans les «Panama Papers» et est liée à une étude d’avocats du Grand-Duché …
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