La plateforme de paiement en ligne Cyberservices a été suspendue pour irrégularités. La faillite du prestataire serait un des dégâts collatéraux du scandale Wirecard en Allemagne et de la négligence des auditeurs. EY et Grant Thornton ont été assignés pour 29 millions d’euros.

L’histoire se précipite et jette la confusion sur la disparition du service de paiements électroniques Cyberservices Europe, l’ancien challenger en plus modeste de Paypal, qui exploite la marque commerciale Klik&Pay. Début juillet, la société de paiement est revenue à la vie, neuf mois après avoir été placée en faillite pour des dettes fiscales. Mais sa survie est aussi artificielle qu’éphémère.

Le 30 octobre dernier, le tribunal de commerce avait sonné le glas de la plateforme luxembourgeoise à la demande de l’Administration de l’enregistrement et des domaines qui lui réclamait 457.000 euros de TVA impayée de 2015 à 2020. La société était déjà en sursis après que la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) lui avait retiré sa licence de professionnel du secteur financier (PSF) pour des irrégularités. Le retrait était intervenu le 21 septembre 2020, après que des injonctions du régulateur à se conformer à la loi de juillet 2019 étaient restées sans effet.

Des milliers de victimes en Europe

Un appel avait été interjeté par l’actionnaire français deux semaines après le jugement de faillite. Mercredi 7 juillet, les juges ont annulé la décision de faillite pour vice de forme. Dans les services financiers, seuls la CSSF ou le procureur d’Etat sont habilités à requérir une faillite. Les administrations fiscales n’en ont pas la compétence.

La réactivation de Cyberservices devait donc être de courte durée. Vendredi 9 juillet, son actionnaire avait déjà jeté l’éponge et chargé son avocat de faire aveu de faillite. La décision du tribunal est désormais une question de jours. Le curateur, qui avait engagé les démarches pour tenter de récupérer les actifs, devrait être logiquement reconduit.

Le 22 juin dernier, la maison mère de Cyberservices S.A. en Suisse était à son tour déclarée en cessation de paiement, compromettant ainsi les dernières chances de la filiale luxembourgeoise de redevenir opérationnelle.

Près de deux ans après la suspension par la Commission de surveillance du secteur financier des activités du prestataire de paiement Cyberservices Europe, des milliers d’entreprises en Europe ne savent toujours pas où se trouvent les fonds de leurs clients»Beate Zwermann, victime

Dans l’intervalle, et en marge de ce jeu de yoyo autour de la procédure de faillite, la société de paiement a engagé des poursuites au civil contre ses réviseurs EY et Grant Thornton Vectis pour des défaillances majeures dans leurs missions de vérification de la comptabilité. L’ancien directeur financier est également visé par l’assignation ainsi que la plateforme allemande Wirecard, accusée de bloquer près de 4 millions d’euros …