L’ancien numéro 1 de RTL Hongrie saisit la justice luxembourgeoise pour faire condamner le groupe audiovisuel à lui octroyer un parachute doré de 15 millions d’euros. Dirk Gerkens dénonce la compromission de RTL Group avec le gouvernement de Viktor Orban.
Lorsqu’il est convoqué au siège de «RTL Group» pour se faire signifier son licenciement à la tête de «RTL Hongrie», Dirk Gerkens se compare à un général sacrifié pour sauver les intérêts financiers du groupe. Les activités étaient alors menacées par le gouvernement de Viktor Orban et son projet de taxe exorbitante sur la publicité. «Je suis prêt à passer à la casserole d’un point de vue professionnel, mais pas à me faire b… financièrement», lance celui qui avait presque 20 ans de service auprès du géant européen de l’audiovisuel.
Dirk Gerkens a pourtant été révoqué pour faute en 2015, ce qui l’a privé du «parachute doré», c’est-à-dire des indemnités de départ assorties à son contrat de travail. Le vieux routier de RTL Group a contesté son limogeage devant les cours et tribunaux de Budapest. Il a longtemps incarné la résistance au chantage et aux pressions du Fidesz, le parti de Viktor Orban, pour mettre au pas les différents médias hongrois et menacer la liberté d’expression.
Dix ans après les faits, Dirk Gerkens cherche toujours à faire valoir ses droits à des réparations et des indemnités de départ. Il compte désormais sur la justice luxembourgeoise pour lui donner raison. Il dénonce inlassablement les manœuvres de RTL Group pour bloquer ses droits contractuels à une indemnisation et attenter à sa réputation en lui attribuant, notamment, un comportement délictuel.
Débouté à Budapest
A Budapest, la procédure ne lui a pas été favorable. Les litiges en matière de droit du travail seraient définitivement tranchés devant les juridictions hongroises, selon son ancien employeur. «Le licenciement pour motif grave de Dirk Gerkens (…) a été confirmé par le tribunal hongrois après avoir examiné l’ensemble du dossier, entendu tous les arguments et pris en compte toutes les preuves valables», explique Oliver Fahlbusch, porte-parole de RTL Group à Reporter.lu. «Cette décision ne peut plus faire l’objet d’un appel», poursuit-il. Ce n’est pas le point de vue de la défense de l’ancien CEO, qui assure que des «diligences sont toujours en cours en Hongrie».
En mars dernier, Dirk Gerkens a assigné son ex-employeur devant le tribunal d’arrondissement de Luxembourg. La démarche au Grand-Duché est justifiée par le fait qu’une clause de son contrat de travail ayant trait à ses droits à une indemnité de départ relève du droit luxembourgeois.
L’existence d’une telle entente occulte entre l’un des plus grands groupes audiovisuels européens, supposé protéger la liberté d’expression, et l’un des pays européens notoirement connu pour sa violation des droits de l’homme est édifiante.“Benoît Le Bars, avocat de Dirk Gerkens
Un premier pas dans la procédure luxembourgeoise a été franchi le 12 novembre dernier devant la première chambre du tribunal civil qui, à la demande des avocats de RTL Group, a ordonné à l’ex-dirigeant de RTL Hongrie le paiement d’une caution de 10.000 euros pour que le procès puisse se tenir.
Ainsi, pièces à l’appui, le dossier de «l’entente occulte» entre les dirigeants de RTL Group et le régime du populiste Viktor Orban va désormais s’exporter au Grand-Duché. Car selon l’accusateur, sa tête avait été mise à prix par Budapest en échange d’une «Hongarisation» du management de la chaîne et d’une réduction de la très controversée taxe sur la publicité télévisuelle …
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