L’annonce de la décision du chef de l’Etat de dissoudre l’Assemblée nationale a mis l’appareil d’Etat en apesanteur. Déboussolés, les élus macronistes oscillent entre colère, inquiétudes et désir de sauver leur place dans cette campagne qui s’annonce difficile.

Par Elsa Conesa, Solenn de Royer et Claire Gatinois (Le Monde 2024)

Un doux soleil caresse la pelouse de Matignon, impeccable. Tous les jours, un robot tondeuse blanc, aveugle et silencieux, la sillonne lentement, dans un mouvement hypnotique. A droite, à gauche. En long, en large. D’un côté, puis de l’autre. En ce jour de vote, dimanche 9 juin, Gabriel Attal et ses proches conseillers se sont repliés dans le pavillon de musique, au fond du jardin, où le premier ministre a installé ses quartiers en arrivant à Matignon, le 9 janvier. Sa «meute» – son directeur de cabinet, Emmanuel Moulin, sa directrice de cabinet adjointe, Fanny Anor, son chef de cabinet, Maxime Cordier, son conseiller affaires réservées, Antoine Lesieur, et son communicant, Louis Jublin – attend les résultats, qui s’annoncent mauvais, en sirotant des sodas ou du vin frais.

En fin d’après-midi, le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, appelle son ami Emmanuel Moulin pour lui faire part de la décision prise par le président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale. L’ex-patron du Trésor en informe aussitôt le premier ministre. Les deux hommes sont estomaqués. Dans la journée, Emmanuel Macron est encouragé par son entourage à prévenir son chef du gouvernement sans tarder, mais le chef de l’Etat prend son temps. Quand il appelle enfin Gabriel Attal, peu de temps avant la réunion politique qu’il a convoquée à l’Elysée, à 19 h 15, ce dernier le prie de renoncer: «Je vous donne ma démission, utilisez-moi comme fusible.» En vain.

Comme d’autres, le chef du gouvernement tablait plutôt sur une dissolution à la rentrée. Mais pas maintenant, au pire moment, alors que le Rassemblement national (RN), qui s’apprête à remporter une victoire historique, a «le vent dans les voiles», comme il dit, et que le monde entier est attendu à Paris, fin juillet, pour les Jeux olympiques. L’entretien est bref. Gabriel Attal revient vers ses conseillers, blême.

Deux d’entre eux se mettent à pleurer. «La belle aventure» s’arrête ici. Ils savent surtout qu’il existe un risque réel de voir le président du RN, Jordan Bardella, s’installer dans cet hôtel de Matignon, pour lequel il avait montré tant de curiosité début janvier, quand le premier ministre l’avait reçu, au même titre que les autres chefs de parti …