Cheval de Troie des infox pro-Trump lors de son élection en 2016, le réseau social a, dans un premier temps, lutté contre les fausses informations. Mais, depuis la pandémie de Covid-19 et la réélection de Donald Trump en 2024, le patron de Meta a rétropédalé.
Par William Audureau (Le Monde, 2026)
Yael Eisenstat s’exprime avec une extrême attention, en pesant soigneusement chacun de ses mots. Elle sait qu’elle marche sur un fil. Ancienne responsable de l’intégrité des publicités politiques de Facebook, cette Californienne diplômée de relations internationales travaille aujourd’hui pour le Cybersafety Research Center, une ONG new-yorkaise qui documente les effets pervers des algorithmes des réseaux sociaux.
Comme beaucoup, elle s’est pris la tête entre les mains en janvier 2025, lorsque son ancien patron, Mark Zuckerberg, sitôt Donald Trump de retour à la Maison Blanche, a fait une croix sur dix ans d’engagement officiel contre les fausses informations. «Il est temps de revenir à nos racines, liées à la liberté d’expression», avait alors déclaré le cofondateur de Facebook, tout en annonçant la fin du programme de fact-checking (vérification des faits) aux Etats-Unis. «Il a été très clair sur le fait que la lutte contre la désinformation et la mésinformation n’étaient plus une priorité, à supposer qu’ils l’eurent été un jour», déclare, grinçante, Yael Eisenstat.
Officiellement, Facebook n’a pas renoncé. Surveillée en Europe par la Commission européenne, l’entreprise rappelle au Monde avoir investi 30 milliards de dollars (26 milliards d’euros) dans la sécurité sur ses réseaux en une décennie, ne pas avoir modifié sa politique de vérification sur le Vieux Continent et être en train de mettre en place des notes de communauté, sur le modèle de X, pour permettre à chaque utilisateur de contester la véracité d’un contenu – aux Etats-Unis, 170.000 auraient été rédigées en un an. Mais, dans les faits, sa nouvelle politique marque un spectaculaire retour en arrière …
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