Le journalisme de vérification, qui a connu un essor sous la première présidence de Donald Trump aux Etats-Unis et qui a atteint son sommet pendant la pandémie du Covid-19, fait désormais face à une triple crise de financement, de confiance et de sens.
Par William Audureau (Le Monde, 2026)
En ce 17 juin, le ciel se déverse par trombes sur une centaine de journalistes hagards, rassemblés à Vilnius, en Lituanie, pour le meeting annuel de l’International Fact-Checking Network (IFCN), un réseau de journalistes de vérification créé en 2015. Les dernières nouvelles sont décourageantes. Quelques jours plus tôt, Alaa Salman, une jeune fact-checkeuse du média libanais Sawab, est morte sous les bombes israéliennes. En Géorgie, les opposants politiques et les journalistes indépendants sont jetés en prison. Aux Etats-Unis, la profession n’a plus droit de cité. «N’abandonnez pas maintenant, quand la tâche est la plus ardue, exhorte Angie Drobnic Holan, directrice de l’IFCN. Reposez-vous s’il le faut, fact-checkeurs, mais n’abandonnez pas.»
Pour le métier, l’heure est à la crise existentielle. Le fact-checking a-t-il encore un sens après les retournements de veste des grandes plateformes? Comment lutter quand les ennemis de la démocratie ont pour eux les algorithmes, l’intelligence artificielle générative et le harcèlement, et semblent chaque jour un peu plus puissants? Aujourd’hui, ses professionnels se sentent à la fois vulnérables, impuissants et inquiets.
Apparu sous sa forme moderne au début des années 2000 dans la presse américaine, le fact-checking se focalisait initialement sur les bobards politiques. En juin 2015, lorsque Donald Trump s’est déclaré candidat à la Maison Blanche, le vérificateur le plus expérimenté de la presse américaine, Glenn Kessler, prévenait: «L’homme d’affaires est le rêve de tout fact-checkeur… et son cauchemar. Il assène tellement de “vérités”, souvent tordues ou fausses, que cela prend beaucoup de temps.» Rien que sur son premier mandat, le Washington Post comptabilisera 30.573 affirmations trompeuses de sa part …
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