Le Luxembourg devra mettre en œuvre une réforme européenne sur la migration. Des documents stratégiques montrent comment le gouvernement envisage une politique plus restrictive. Les problèmes bien connus du système d’asile ne sont toutefois pas abordés.

Le Luxembourg serait sous pression, soumis à une «pression migratoire» constante. C’est en tout cas ce qu’indique la «Stratégie nationale de gestion de l’asile et de la migration», qui a été adoptée fin octobre par le Conseil de gouvernement. Le document élaboré par le ministère des Affaires intérieures, dont dispose Reporter.lu, formule clairement l’objectif de réduire cette «pression migratoire».

La stratégie fait ainsi référence à la réforme du Pacte sur la migration et l’asile de l’Union européenne, qui doit être mise en œuvre par les États membres d’ici l’année prochaine. Mais les ajustements esquissés concernent aussi concrètement le système d’asile luxembourgeois.

«Le système national d’accueil a atteint ses limites en affichant un taux d’occupation net de 98,1 % (pour la protection internationale) et de 98,2 % (pour la protection temporaire)», constate le document stratégique. Il est toutefois difficile d’évaluer l’ampleur réelle de cette pression: en 2023, 2.445 demandes de protection internationale ont été déposées, contre 426 de moins en 2024. Le nombre de demandes approuvées a également diminué de manière constante, le taux s’établissant désormais à 67%. À titre de comparaison, en 2022, 82% des demandes de protection internationale étaient encore approuvées.

Préparer et planifier «l’urgence»

La pression migratoire évoquée par le ministre Léon Gloden (CSV) relève donc davantage d’une déclaration politique que d’un diagnostic fondé sur des statistiques. Ce que les chiffres montrent bien sûr, c’est que les capacités d’accueil des demandeurs d’asile au Luxembourg sont saturées depuis des années. Mais la réduction de la pression migratoire n’est pas la seule conclusion possible. Car les chiffres révèlent également l’incapacité des responsables politiques à mettre en place suffisamment de structures d’accueil adéquates.

Au vu de l’épuisement des capacités d’accueil, une grande importance est accordée à la préparation et à la planification d’urgence. »Stratégie nationale de gestion de l’asile

Il paraît douteux que la mise en œuvre par le Luxembourg de la réforme migratoire de l’UE améliore cette situation. La «stratégie nationale» fait certes état d’un «épuisement des capacités d’accueil». Mais le ministère n’en conclut pas pour autant qu’il faille lancer une offensive pour construire de nouvelles infrastructures ou mieux intégrer les migrants sur le marché immobilier non-subventionné …