Le gouvernement présente l’augmentation du salaire minimum comme un compromis, mais celui-ci est en réalité difficile à justifier. En effet, il existe bel et bien des chiffres fiables sur ses répercussions. Or, ceux-ci n’ont guère joué de rôle dans le débat politique.

Entre zéro et douze pour cent, il y a un énorme écart. C’est du moins le cas pour une augmentation du salaire minimum. Le gouvernement a finalement opté pour un juste milieu à 6,3%. Ce qui semble être un compromis est pourtant tout sauf cela. Le front syndical reproche au gouvernement de présenter comme un succès une adaptation salariale de facto automatique, tandis que le patronat estime qu’aucune augmentation n’est appropriée compte tenu de la situation économique. Personne ne peut toutefois dire avec précision quel sera l’impact réel d’une telle augmentation.

Dans le débat sur l’augmentation du salaire minimum, malgré des chiffres concrets à première vue, il s’agissait davantage de vérités perçues que de réalités factuelles. Les discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux n’avaient donc pas grand-chose à voir avec des négociations. Or, comme le montrent les recherches de Reporter.lu, il existe bel et bien des chiffres et des calculs qui montrent ce qu’une augmentation du salaire minimum pourrait signifier pour les salariés, pour les entreprises et, par conséquent, pour l’économie luxembourgeoise.

Pour rappel: avant les vacances de Pâques, le gouvernement a décidé de ne pas ajuster le salaire minimum de manière structurelle, mais de se limiter à la prochaine adaptation bisannuelle à l’évolution générale des salaires (cette fois-ci de 3,8%) plus la prochaine tranche d’indexation (toujours de 2,5%) – et de prendre en charge 1,3% des coûts supplémentaires pour les entreprises.

Un soi-disant «compromis»

Pour justifier sa décision, la coalition CSV-DP s’est appuyée sur les calculs de l’«Inspection générale de la sécurité sociale» (IGSS), selon lesquels le salaire minimum au Luxembourg atteint déjà 60% du salaire médian – l’une des exigences de la directive européenne correspondante, qui avait jadis été négociée par le commissaire européen luxembourgeois Nicolas Schmit (LSAP).

Cette directive a pour objectif de garantir «des salaires minimaux adéquats dans l’Union européenne». Dès le début, les partenaires sociaux ont eu des positions divergentes sur la manière d’atteindre cet objectif. Les syndicats réclamaient une augmentation de 12% afin de tenir compte des réalités de la vie au Luxembourg et surtout du marché immobilier très cher. L’«Union des entreprises luxembourgeoises» (UEL) ne souhaitait en revanche aucune augmentation …