Malgré toutes les contraintes, le gouvernement réduit les impôts des entreprises. Prétendument, pour relancer l’économie. Or, cette mesure pourrait non seulement coûter cher, mais elle apparaît surtout comme un cadeau pour les banques et les grands groupes. Analyse.
Les recettes de l’impôt sur les sociétés sont en forte hausse: en 2025 et 2026, elles devraient dépasser les prévisions de plus de 10%. D’ici 2027, selon le projet de budget actuel, les entreprises devraient même payer près d’un milliard d’euros d’impôts de plus que cette année. Et ce, alors même que le gouvernement prévoit de réduire cet impôt l’année prochaine.
Cette réforme fiscale devrait, malgré le ralentissement économique, attirer de nombreuses nouvelles entreprises au Luxembourg et s’autofinancer. De plus, davantage de fonds sont consacrés à la défense, à la garde d’enfants et à la lutte contre la pauvreté, tandis que les citoyens et les entreprises devraient bénéficier d’allègements fiscaux. «Et nous en avons les moyens. Car nos recettes évoluent favorablement. L’État veille à la compétitivité de l’économie», a déclaré le ministre des Finances Gilles Roth (CSV) lors de son discours budgétaire au Parlement il y a deux semaines.
Ce tableau brossé par le ministre semble toutefois trop beau pour être vrai. Une analyse plus approfondie révèle en effet de nombreux écueils susceptibles de réduire son optimisme à néant. En effet, ce sont les bénéfices exceptionnels des banques, dus à la hausse des taux d’intérêt, qui font jaillir les fonds à flots. Cet essor a une date d’expiration et n’est pas lié à la politique économique du gouvernement. Le ministre des Finances n’a pas expliqué les raisons de cette baisse d’impôts. «Afin de renforcer la place économique», telle fut la seule demi-phrase prononcée à ce sujet.
Un cinquième de recettes fiscales en plus
Le Premier ministre Luc Frieden (CSV) avait déjà montré, en début d’année, à quel point la coalition CSV-DP se souciait peu d’apporter une justification factuelle à sa politique. «Cela nous rapprochera un peu plus de la moyenne de l’OCDE», avait-il déclaré à propos de la baisse annoncée de l’impôt sur les sociétés. Or, le Luxembourg se situait déjà en dessous de la moyenne de l’OCDE avec la précédente baisse appliquée début 2005, comme l’a rapporté Reporter.lu.
Actuellement, les entreprises luxembourgeoises paient un taux global d’un peu moins de 24%, qui se compose de l’impôt sur le revenu des collectivités, de l’impôt de solidarité et de l’impôt commercial. Selon le budget actuel, ce taux devrait passer à un peu moins de 23% à partir de 2027. La moyenne de l’OCDE s’élève cette année à un peu plus de 24% et reste stable depuis 2020, comme l’indique le rapport annuel de l’organisation. Ces chiffres ne laissent donc pas entrevoir de pression pour que le gouvernement agisse.
Le ministre des Finances, quant à lui, affiche la position suivante: «Nous le faisons parce que nous le pouvons.» C’est ainsi que Gilles Roth s’est vanté devant le Parlement que l’on prévoit, pour l’année 2027, une augmentation d’un quart des recettes issues de l’impôt sur les sociétés. La programmation financière pluriannuelle prévoit toutefois pour 2028 un recul consécutif de 7%. Celui-ci devrait être suivi d’une croissance constante de 5% par an jusqu’en 2030 …
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