Le dirigeant d’OlkyPay vient d’être condamné pour une opération frauduleuse au Luxembourg, imposée par ses actionnaires minoritaires. L’affaire met en cause des figures du capitalisme français et cache un scandale financier qui a failli anéantir la néobanque.
La «start-up» financière «Olky Payment Service Provider» («OlkyPay») a survécu à un scandale financier qui a secoué son principal client «Veolia», géant mondial de la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie. Dix ans après sa révélation, la société spécialisée dans le traitement des paiements, notamment en cryptomonnaies (une «néobanque» dans le jargon financier) souffre encore des stigmates de l’affaire.
Franck Rouayroux, dirigeant fondateur et actionnaire majoritaire d’OlkyPay, a été poursuivi au Luxembourg pour des faits de violation du droit des sociétés. Son procès s’est tenu dans la discrétion en décembre dernier. La société tombe sous la supervision de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF).
Les préventions à la charge du dirigeant paraissent presque anodines en comparaison avec les soupçons de détournement et de corruption présumés au sein du groupe Véolia, une des principales valeurs boursières du «CAC40». Deux de ses plus hauts responsables ont dû quitter leurs postes sur fond de conflits d’intérêts et d’accusations d’enrichissement personnel, après une enquête du média «Mediapart». En France, une instruction a été ouverte contre les instigateurs de la fraude présumée. L’affaire est toujours pendante.
Un contrat en or résilié
OlkyPay est au cœur de la machination, bien que la société et son dirigeant apparaissent plutôt comme des victimes collatérales. Fin 2014, la branche «eau» de Veolia confie à OlkyPay un important contrat de traitement des paiements des factures d’eau de ses abonnés en France. Pour le prestataire luxembourgeois, le contrat d’une durée de sept ans représente, selon les informations de presse, 13 millions d’euros de revenus par an, avec une marge nette de 50% selon «Mediapart». Le groupe Veolia va assurer près de 95% de son chiffre d’affaires, jusqu’à la rupture en février 2017.
Le contrat est résilié sans préavis après que «Mediapart» avait révelé que Jean-Philippe Franchi, contrôleur de gestion chez Veolia et frère d’Alain Franchi, alors dirigeant de la branche «eau» du groupe, avait pris 10% du capital l’OlkyPay. Selon les recherches de «Mediapart», Alain Franchi se cache derrière son frère auquel il a accordé un prêt pour prendre en catimini la participation dans la «fintech» luxembourgeoise, juste après qu’elle était devenue prestataire de services. Or, Alain Franchi a signé et négocié lui-même en 2014 le contrat d’Olky pour Veolia …
Déjà abonné? Connectez-vous!

