Pour la première fois, un agent du CGDIS est jugé pour non-assistance. L’affaire trouve son origine dans un appel d’urgence qui n’a donné lieu à aucune intervention des secours. Quelques jours plus tard, la femme qui avait appelé a été retrouvée morte dans son appartement.

Parfois, quelques instants suffisent à sceller le destin. Le soir du 29 février 2024, cela aurait duré exactement 99 secondes. C’est le temps qu’a duré l’appel d’une femme au centre d’appel d’urgence. À la fin de la conversation, aucune ambulance n’est partie, aucune sirène n’a retenti. Il ne restait plus que la tonalité monotone dans la ligne.

L’appelante a été retrouvée morte dans son appartement quatre jours plus tard. Cette femme de 41 ans est décédée des suites d’un mélange de tranquillisants et d’antidépresseurs qu’elle s’était elle-même administré. Il appartient désormais au tribunal de déterminer s’il était punissable de ne pas envoyer d’ambulance.

Sur le banc des accusés se trouve l’employé du «Corps grand-ducal d’incendie et de secours» (CGDIS) qui avait pris l’appel. Le parquet reproche à Andy D. un manquement à l’obligation de secourir.

«Pourquoi vous téléphonez ici?»

Le premier jour du procès s’ouvre en pleine canicule. Dans la petite salle d’audience, la température grimpe rapidement, l’air devient étouffant, aucune fenêtre ne peut être ouverte. Les juges et les avocats transpirent sous leurs robes noires. L’accusé porte un polo rose et un short. Les parents de la défunte sont également présents dans la salle.

Avant que l’enregistrement de l’appel d’urgence ne soit diffusé, Andy D. s’avance devant le banc du juge. Les mains croisées derrière le dos, l’homme de 39 ans écoute tandis que sa voix résonne dans les haut-parleurs : «112, bonjour.»

Et maintenant, vous croyez que l’ambulance, ça va aider?»Employé du CGDIS selon l’enregistrement de l’appel d’urgence

À l’autre bout du fil, une femme répond. Elle parle lentement, sa respiration semble laborieuse. Elle commence par donner son nom et son adresse. Puis Andy D. demande: «C’est quoi le problème?» La femme explique qu’elle a pris trop de médicaments. Interrogée, elle cite des antidépresseurs et des tranquillisants. Elle raconte également avoir déjà fait quatre tentatives de suicide.

«Pourquoi vous téléphonez ici? », rétorque l’opérateur du service d’urgence. La femme répond avec réserve et s’excuse d’avoir fait appel au service d’urgence. Lorsqu’on lui demande si elle va mal, elle répond : «Si je continue comme ça, je vais mal finir ma soirée. …