Les promoteurs Nico et Gilles Bindels incarnent les années folles du marché immobilier. Pionniers du développement des friches de Belval, les deux hommes ont lancé de nombreux projets, sans toujours les finir. Leur gestion défaillante les conduit devant les juges. 

Nico Bindels et l’un de ses fils Gilles ont été les pionniers du développement immobilier à Esch-Belval. Leurs sociétés ont notamment fait construire, principalement avec l’argent des banques et des investisseurs, trois tours de bureaux et de commerce sur l’ancien site sidérurgique. Le projet a été baptisé «Southlane». Selon une enquête judiciaire, le financement des travaux fut chaotique, car une partie des fonds a servi à entretenir le train de vie de la famille et la passion du père pour la course automobile.

Les deux hommes nourrissaient de grandes ambitions à Belval. Mais leurs affaires ont mal tourné. Ils ont été renvoyés devant un tribunal correctionnel pour, entre autres, banqueroute frauduleuse et blanchiment. Déjà remis à deux reprises, leur procès devait se tenir au mois de novembre, mais, à la demande du parquet, il a une nouvelle fois été reporté à janvier 2025. Les faits à la base de leurs ennuis judiciaires ont presque 15 ans.

Une «success story» contestée

Agora, la société de développement associant l’État et ArcelorMittal pour édifier un nouveau quartier sur l’ancien site industriel de Belval, assure «soigneusement sélectionner» les promoteurs et partenaires selon leurs références et leur savoir-faire. «Gilles Bindels est l’un d’eux», vante le site internet d’Agora, en félicitant le jeune dirigeant du fonds immobilier spécialisé (FIS) «Luxembourg Capital» pour son engagement «de longue date dans le développement du site».

Or, lorsque ce portrait avantageux du promoteur a été écrit et publié en 2022, Gilles Bindels avait été inculpé, notamment pour complicité de banqueroute frauduleuse et renvoyé devant les juges correctionnels. Des biens de la famille étaient sous séquestre, notamment leurs résidences respectives à Bissen et à Kehlen. Les aventures sur le marché immobilier, à l’âge d’or de ce segment de l’économie luxembourgeoise, n’ont vraiment pas été la «success story» présentée par Agora.

Fonds en liquidation judiciaire

Aujourd’hui, le FIS, avec ses maigres 9 millions d’actifs (fin 2021), est en liquidation judiciaire. Le dernier grand projet immobilier «Nest» à Belval est en mode pause. Le projet mixte d’habitation et de bureaux, présenté comme un «nid d’élégance et d’exclusivité pour les connaisseurs», n’existe que sur plan, peine à trouver des acheteurs et désespère le bureau d’architecte retenu pour le réaliser. La tour d’habitation «Omnia», autre bâtiment emblématique de Belval, a été vendue et livrée par un autre développeur immobilier, après avoir débarqué Luxembourg Capital et la famille Bindels, pourtant à l’origine du projet …