Luxaviation vient de perdre une bataille judiciaire avec un sous-traitant informatique. Le récit d’une success story dans l’aviation d’affaires cache mal la réalité d’une activité peu rentable, d’actionnaires déçus et d’une entreprise endettée confrontée à des défis existentiels.
Luxaviation renonce à prolonger son bras de fer avec un ancien partenaire qui a accompagné les débuts de la compagnie d’aviation d’affaires avant de rompre définitivement les liens. «Luxaviation Holding Company» ne va pas saisir la Cour de cassation dans le litige commercial qui l’opposait aux actionnaires et dirigeants de la firme informatique «Q-Leap», parmi lesquels Hubert Schumacher, ami de jeunesse de Patrick Hansen, le CEO de Luxaviation. Les priorités du groupe de jets privés et de terminaux d’aviation d’affaires sont ailleurs que dans un conflit très local autour du rachat de son ancien sous-traitant informatique.
La forte politique d’acquisitions en Europe dans les années 2010 pour atteindre une taille critique avec une flotte de 218 unités pour servir des clients fortunés et l’exploitation de 39 terminaux pour jets privés en 2025 laisse désormais la place à une réalité qui ne fait pas rêver. Le désendettement de Luxaviation (plus de 100 millions d’euros en 2024) et la restauration de la confiance des investisseurs mobilisent désormais toute l’énergie de l’équipe dirigeante derrière le «serial entrepreneur» local Patrick Hansen. Derrière le narratif de la «success story» à la luxembourgeoise d’une société qui se présente comme le second opérateur mondial d’avions d’affaires, il y a surtout des résultats financiers poussifs et une société qui ne sert pas de dividendes à ses actionnaires depuis des années.
Profitabilité en question
Le 22 mai dernier, la Cour d’appel déboute Luxaviation Holding Company de sa demande d’annulation d’une transaction litigieuse de 2019 qui a permis à Hubert Schumacher et son holding «8TSCH» de récupérer pour l’euro symbolique la participation majoritaire détenue par la compagnie aérienne dans Q-Leap.
L’opération est contestée par Luxaviation qui invoque, devant le tribunal de commerce, la mauvaise foi du repreneur, l’abus de droit et le prix des actions qui ne correspondait pas à la valeur économique réelle de Q-Leap. La transaction s’appuyait sur des contrats d’option signés en 2014 et 2017, lesquels déterminaient la valeur de la société IT sur la base de son EBITDA (c’est-à-dire le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement, marqueur de la profitabilité d’une entreprise) au 31 décembre 2018.
Nous travaillons sur une réduction de nos dettes et en effet certains refinancements de dettes et tous ces travaux avancent avec la vitesse voulue et dans la bonne direction. »Patrick Hansen, CEO de Luxaviation
Or, l’exercice 2018 avait été catastrophique pour Q-Leap, qui venait de perdre son contrat de sous-traitance avec Luxaviation, lequel lui assurait auparavant plus de 90% de son chiffre d’affaires. Une partie du personnel est licenciée, faute de nouveaux clients …
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