Jean-François Remy a été un des hommes clés pour le business d’Orpea. Le groupe de maisons de retraite au cœur de scandales sanitaires et financiers lui a versé des millions d’euros de commission. La justice luxembourgeoise vient de le rattraper pour des délits mineurs.

«Il a rendu bien des services à Orpea», signale Victor Castanet dans son livre-enquête, «Les Fossoyeurs», sur les pratiques de l’exploitant des maisons de retraite en Europe. Grâce à son entremise et ses réseaux politiques à droite, le Français Jean-François Remy a en effet facilité le développement d’«Orpea» (qui opère désormais sous le nom «Recital») en France, en Suisse et au Luxembourg. En échange de ses services plus ou moins officieux, il a perçu un montant global de 4,312 millions d’euros de commissions d’apporteur d’affaires, selon des audits des cabinets «Grant Thornton» et «Alvares & Marsal» rendus publics par le groupe français après les révélations du journaliste.

Le rapport a été présenté à leur demande aux députés luxembourgeois en juillet 2022, en marge des demandes d’agrément d’Orpea pour exploiter ses premiers établissements au Grand-Duché. Empêtrée dans plusieurs scandales sanitaires et financiers, le leader des maisons de retraite en Europe voulait prouver sa rupture avec les pratiques du passé, donner des gages de respect envers les futurs résidents et rassurer leurs familles.

Le dirigeant d’«Orpea Luxembourg Exploitation» rappelait ainsi, dans une lettre à Corinne Cahen, alors ministre DP de la Famille, les valeurs portées par l’entreprise et sa nouvelle direction: «La bonne attitude, le comportement respectueux, la bienveillance et l’empathie que chaque collaborateur de l’équipe devra prodiguer au quotidien pour les résidents». La profession de foi était aux antipodes des allégations de maltraitance des personnes âgées et des soupçons de corruption relayés quelques mois plus tôt dans «Les Fossoyeurs» ainsi que dans des médias français.

Opérations de camouflage

L’enquête du journaliste a mis en lumière le rôle de premier plan de Luxembourg dans des montages juridiques et des opérations opaques ayant permis à Orpea de décrocher des marchés publics et de rétribuer ses intermédiaires. Une des pièces maîtresses de son dispositif s’appelle alors Jean-François Remy. Ses sociétés luxembourgeoises «Yellowstone» et «Health Luxembourg Invest» ont eu un rôle central pour dissimuler des paiements, notamment à des dirigeants du groupe français, et camoufler leur identité.

C’est là où vous comprenez le fric que ça peut rapporter le business des Ehpad. Les gens n’imaginent pas ce que ce secteur génère comme cash.“Un ancien cadre d’Orpea

Présenté par Grant Thornton comme un apporteur d’affaires «contre des avantages indus» en nature ou en argent, Jean-François Remy a une position ambiguë dans ce dossier. Pendant près de 15 ans, il a profité du système, tout en ayant été, lorsque les affaires ont mal tourné, un des dénonciateurs des agissements d’Orpea, qui fut un de ses plus gros clients …