Trois ministres créent la polémique avec leurs déclarations sur la politique d’immigration – et révèlent, par ce biais, surtout leur propre incapacité politique. Analyse d’un gouvernement qui semble avoir renoncé à trouver des solutions pour régler les problèmes.
Léon Gloden trouve cela «étrange»: d’un côté, l’Ukraine est soutenue; de l’autre, des Ukrainiens en âge de combattre décident de quitter leur pays pour l’UE. Yuriko Backes y voit même un «problème». Elle trouve utile de pointer du doigt que ce ne sont pas seulement des femmes et des enfants, mais aussi des «jeunes hommes» qui trouvent refuge au Luxembourg. Max Hahn dresse pour sa part le constat que le logement est cher au Luxembourg, y compris pour les réfugiés. Et rajoute qu’il se réjouit de «chaque réfugié qui ne vient pas chez nous».
Ce sont ces déclarations des trois membres du gouvernement qui ont polarisé l’opinion. Certains citoyens leur ont donné raison. D’autres ont critiqué leurs propos, les qualifiant de diviseurs et de dangereux. Mais leurs déclarations ont encore un point commun: Les trois ministres n’ont fait que répéter des lieux communs qui ne contiennent aucune nouvelle information, mais qui ont néanmoins – ou précisément pour cette raison – suscité de vives émotions auprès du public.
Que l’on soit d’accord ou indigné, leurs propos sont difficilement réfutables, car ils sont trop banals pour cela. Il est évident que l’issue de la guerre serait favorablement influencée si plus de «jeunes hommes» défendaient leur pays en Ukraine. De même, le monde serait sans aucun doute meilleur s’il y avait moins de zones de crise d’où les populations devaient fuir. Et, bien sûr, Max Hahn a tout à fait raison dans son diagnostic très pertinent selon lequel vivre au Luxembourg peut être très coûteux.
Les réfugiés de moins en moins les bienvenus
Pourquoi ces déclarations ont-elles néanmoins suscité la controverse? D’une part, parce qu’elles ont donné un aperçu des convictions politiques des ministres, selon lesquelles certaines personnes mériteraient plus d’aide et d’empathie que d’autres. D’autre part, parce qu’il y a une grande différence entre une banalité, qui existe, et le fait de l’exprimer. En politique, ce sont le contexte, le moment et l’intention avec lesquels une personne exprime des évidences apparentes, qui sont d’une grande importance.
Le contexte est une guerre de persistance en Ukraine et une situation de plus en plus tendue au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Cela rend probables de nouveaux flux migratoires vers l’Europe. Face à ce constat, les dires des partis de coalition semblent refléter l’intention de freiner de manière préventive l’enthousiasme initial du «refugees welcome». Ou, du moins, de plaire à ces personnes parmi leurs électeurs dont ils pensent savoir qu’elles ont toujours été réticentes à cette approche.
Il ne faut plus attendre de solutions convaincantes de la part de ces ministres qui se contentent de décrire la situation actuelle et de polariser l’opinion pour séduire l’électorat. »
Il convient également de se rappeler qui sont les personnes qui s’expriment. Car il ne s’agit pas de simples observateurs intéressés par la politique luxembourgeoise, mais de ministres en fonction. Donc, des politiciens qui disposent de pouvoirs et d’influence relativement importants. La question décisive est alors la suivante: si on ne peut pas accueillir de nouveaux réfugiés et que le coût de la vie y est trop élevé, qui donc, si ce n’est les membres du gouvernement, pourrait changer cette situation …
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