Au-delà des livraisons d’armes et des déclarations de soutien à Kiev, Européens et Américains sont tentés de jouer la montre. Plutôt que de forcer un cessez-le-feu, qui les obligerait à déployer des troupes, ils continuent de miser sur une guerre d’usure entre Ukrainiens et Russes.
Par Chloé Hoorman et Elise Vincent (Le Monde, 2026)
S’il est une réalité cruelle, en ce quatrième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, c’est bien l’écart entre les déclarations d’intention favorables à un accord de paix et l’analyse détaillée du rapport de force militaire entre Kiev et Moscou. Après une nouvelle année de ballet diplomatique et alors que les soutiens de Kiev se réunissaient, mardi 24 février, à Paris, une course de lenteur, nourrie d’ambiguïté stratégique, se joue en réalité entre les deux ennemis et leurs alliés, avec des scénarios de règlement du conflit très indécis.
«Les deux camps sont en train de brûler, mais la question est de savoir lequel brûle le plus vite. C’est la même course, un peu cynique, qui se joue depuis 2022», résume Elie Tenenbaum, directeur du centre de sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Pour Moscou, la guerre en Ukraine, malgré sa brutalité, s’apparente à un poison lent capable de miner les démocraties occidentales acculées à des dépenses de défense colossales. Côté européen, le pari d’une déstabilisation du pouvoir russe, sous le poids des sanctions économiques et des difficultés de recrutement de combattants existe toujours.
Ce grand jeu de poker menteur est toutefois sous-tendu par une réalité très prosaïque: «personne n’est vraiment prêt» côté européen à un cessez-le-feu qui impliquerait un déploiement de troupes en Ukraine, observe Elie Tenenbaum. Depuis fin 2024, le principal scénario de sortie de guerre, poussé par la France et le Royaume-Uni, consiste en l’envoi de troupes au sol avec un dispositif aérien destiné à garantir un éventuel cessez-le-feu. Cette «coalition des volontaires» avait initialement pour objectif de freiner les ambitions territoriales de Moscou en Ukraine, tout en permettant aux Européens d’espérer peser dans le processus de négociation avec les Américains.
Mais l’effet dissuasif de la coalition des volontaires sur Moscou semble avoir fait long feu. La force multinationale pour l’Ukraine (MNF-U), comme elle est désormais appelée, dispose bien d’un état-major situé sur la base du Mont-Valérien (Hauts-de-Seine), avec à sa tête le général Jean-Pierre Fagué. Il commandait jusqu’à l’automne 2025 la 1re division, située à Besançon, fer de lance de l’armée de terre en Europe. Mais il a aujourd’hui un simple titre de «chargé de mission» …
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